Dès la première page, le ton est donné : "Je me demandais dans le taxi si je n'étais pas trop habillée pour la soirée quand j'ai aperçu maman en train de fouiller dans une benne à ordures. Elle s'était entouré les épaules de chiffons pour se préserver de la fraîcheur printanière et faisait son choix dans la poubelle pendant que son chien, un terrier croisé noir et blanc, jouait à ses pieds. En dépit de ses cheveux gris emmêlés et de ses yeux creusés, elle me rappelait encore la mère de mon enfance, celle qui accomplissait des saut  de l'ange du haut des falaises, peignait dans le désert et lisait Shakespeare à haute voix."
Jeannette Walls est une chroniqueuse mondaine connue du Tout New York. Elle a gardé le secret de son enfance jusqu'à ce fameux soir où elle aperçoit sa mère habillée comme une clocharde en train de fouiller dans une poubelle. Une enfance miséreuse mais pas malheureuse. 

Ses parents, des marginaux amoureux des arts et des lettres, ont toujours fait fi du consumérisme exacerbé de la société américaine. Profondément égoïstes, ils ont laissé grandir seuls leurs enfants, plongés qu'ils étaient dans la poésie, la peinture mais aussi l'alcool... 
Je disais miséreuse mais pas malheureuse car, certes, les enfants manquaient de tout mais pas de rêves ni de folies : 
"J'avais cinq ans cette année-là. je me suis assise près de lui et nous avons regardé le ciel. Papa adorait parler des étoiles. Il nous expliquait leur mouvement de rotation dans le ciel nocturne pendant que la Terre tournait sur elle-même. Il nous enseignait  à reconnaître les constellations et comment nous orienter par rapport à l'étoile Polaire. Toutes ces étoiles qui brillent, aimait-il souligner, c'est un plaisir particulier que peuvent s'offrir les gens comme nous qui vivent à l'écart, dans les régions désertiques. Les habitants des grandes villes prospères, ajoutait-il ont des appartement luxueux, mais l'air qu'ils respirent est si pollué qu'ils ne peuvent même pas voir les étoiles. il faudrait être fou pour vouloir être à leur place. " Tendre folie....
Ce père, un mathématicien raté, caresse le doux rêve de construire à ses enfants un château de verre dans le désert, là où la vie est la plus saine et la plus douce. Il travaille aussi à l'élaboration d'une nouvelle source d'énergie pour pouvoir réchauffer sa maison et ses enfants. Mais l'alcool noie tous ses projets, toute sa folie douce.

Témoignage saisissant et bouleversant, pudique et jamais misérabiliste. Plus d'une fois pendant la lecture j'ai eu du mal à croire que je lisais un témoignage tant la vie de cette gamine était décalée. Mais "Le château de verre" est avant tout une superbe déclaration d'amour d'une fille à son père, un amour inconditionnel, sans faille malgré la faim, le froid et l'alcool. Un homme hors de la société, du temps, à l'opposé de l'american dream, sans cesse à la recherche de la Beauté spirituelle.  Un papa qui offre à sa fille pour Noël une étoile : 
"Papa et moi nous sommes moqués de tous ces mômes qui croyaient au mythe du Père Noël et qui n'avaient eu que des jouets en plastique sans valeur.
- Dans bien des années, quand toute la camelote qu'ils ont eue sera cassée et depuis longtemps oubliée, a dit papa, vous aurez encore vos étoiles."

Les avis aussi très enjoués d'Antigone, d'Annie.

Le château de verre chez Robert Laffont, 373 pages.


Quatrième de couverture : Brillant étudiant issu de la bourgeoisie noire d'Atlanta, Douglas Bradley a posé sa candidature à la prestigieuse académie militaire de Colorado Springs. Lorsqu'elle est rejetée par les autorités militaires, c'est la consternation. Grâce à un de ces anciens professeurs, le jeune homme parvient à apprendre les raisons de l'armée : en août 1944, accusé de viol et d'agression, son grand-père Robert Bradley, a été pendu en France dans un petit village de Normandie.

Indigné par l'attitude de son père, qui lui a caché la vérité, Douglas découvre l'existence d'une grand-mère, d'une tante et d'une cousine. Il se lance dans une recherche difficile, recherche cette famille dont il ignore tout. Sa tante lui confie sa conviction profonde de l'innocence de Robert Bradley et lui confie des documents le concernant....

L'histoire est très vite prenante. Dès des premières pages. Mais "Jusqu'à ce que mort s'ensuive" n'est pas qu'une intrigue. C'est avant tout l'histoire d'un jeune noir américain en quête de vérités. Les vérités de sa famille et de son pays étroitement liées depuis la Seconde Guerre mondiale. Je préfère ne pas en dire plus...
Ce roman, à mi-chemin entre le documentaire historique et le polar, est mené d'une main de maître. Basée sur des faits réels, l'histoire est intelligente. Et, elle est servie par une écriture franche et claire, qui n'en fait pas des tonnes, comme je les aime. 

Les avis d'Antigone et d'Annie.

Jusqu'à ce que mort s'ensuive au Cherche Midi, 360 pages, 17€

Des papillons sous la pluie, Mira Maguen, Sélection Prix Elle 2009


"Cet appel-là, Adam Ouria l'attendait depuis vingt-cinq ans. Il en avait dix quand sa mère l'avait abandonné sans la moindre explication, sans un mot. Bohème, fantasque, incapable de se fixer quelque part, elle ne devait jamais donner de nouvelles.
Depuis, devenu médecin généraliste dans une grande ville israélienne, il porte en lui une part de peur et d'angoisse qu'il ne peut ni extirper ni partager avec quiconque. Un soir, il y a ce coup de téléphone... Pendant trois jours, chaque pensée, chaque geste, chaque rencontre va prendre pour Adam une résonance particulière..."

Pour être très franche : je suis très partagée sur ce livre. Difficile d'avoir un avis tranché. En le lisant, je n'ai cessé de passer de l'enthousiasme à l'ennui, du remarquable au singulier.

L'écriture de Mira Maguen est brillante. Ca, c'est indéniable. Elle emmene le lecteur derrière une caméra qui enchaîne plans séquence et gros plans. Certain passages n'ont pas été sans me rappeler les caméras très esthétiques de David Lynch ou Tarantino où chaque petit détail prend une importance insoupçonnable pour crever l'écran et plonger le spectateur dans l'infiniment petit. D'ailleurs, le personnage principal, Adam, est un médecin qui rêvait d'être réalisateur. Cela donne des passages juste splendides : 

"Si j'étais réalisateur, j'aurais placé mon objectif à hauteur de sa jambe en mouvement, je me serais focalisé sur sa partie de mollet entre la blouse blanche et la chaussure, je me serais attaché sur la cheville féminine, le talon déterminé, le pied qui ne rebrousse pas chemin, qui ne ralentit jamais, sur ses pas vigoureux qui composent la démarche de quelqu'un dont toute la vie est encore devant. Et, en contraste, j'aurais tourné mon objectif vers des jambes dont la démarche était celle de quelqu'un pour qui chaque minute de vie relève du miracle." 

Mais, malheureusement, le livre manque beaucoup de rythme. L'écrivain s'étale dans des longueurs qui n'apportent pas grand chose si ce n'est de l'ennui. C'est vraiment dommage car, je le répète, l'écriture est  belle et esthétique.

Les avis très différents d'Antigone et d'Annie.

Des papillons sous la pluie aux éditions Mercvre de France, 420 pages, 25€

Le serrurier volant, Tonino Benacquista


Quand un grand dessinateur, Tardi, s'allie avec un écrivain de talent, Tonino Benacquista, cela donne naissance à ce magnifique conte moderne. Un conte qui commence par une tragédie : l'attaque d'un fourgon blindé. Marc, convoyeur de fond, est le seul a en sortir vivant. Son corps va guérir tant bien que mal. Pas la tête. Le "syndrome du survivant" lui disent les médecins. 
Pour s'occuper l'esprit, manger et louer une petite chambre dans Paris, il décide de devenir serrurier :"Les interventions nocturnes le reposaient de toutes les questions qui le terrorisaient à la lumière du jour. Cette vie à l'envers le remettait dans le bon sens, et rien ne lui semblait plus limpide que cette obscurité". 
Chaque nuit, Marc fait sauter les verrous et découvre derrière chacune des portes l'intimité de ses clients. Chaque dépannage est une tranche de vie qui s'ouvre à lui.  Les nuits défilent et ne se ressemblent pas.

Pourtant, un soir, un client va lui faire une drôle de proposition. Proposition qui va le ramener avec le Marc d'avant : le convoyeur de fond. Comme la vie réserve parfois aussi de bonnes surprises, cette rencontre va l'aider à faire sauter des verrous d'un autre genre: ceux qu'il a dans le ventre, dans la tête depuis son agression...

Les dessins de Tardi fusionnent complètement avec le texte de Benacquista. Le tendre cynisme de l'auteur s'accommode complètement avec le sépia des illustrations. Une seule couleur et pourtant tout transpire dans chaque dessin : la solitude, la douleur, le silence des rues désertes des faubourgs de Paris mais aussi la lumière d'un réverbère ou d'un bout de tunnel...

"Aujourd'hui Paris lui avait fait une place, comme elle savait en faire aux bizarres, aux déroutés et à tous ceux qui ont une bonne raison de ne pas dormir. Son Paris by night n'appartenait qu'à lui et échappait à tous les clichés ; il ne côtoyait ni le sublime ni le sordide, ni le vice ni la vertu, mais juste un quotidien inversé, fait de situations inattendues, où l'agitation se mêlait souvent à l'irrationnel, l'absurde à la mélancolie. Tout à sa mission, il s'oubliait, lui, Marc, et devenait invisible."

Bref, l'alliance de ces deux maîtres ne pouvait que déboucher sur ces pages enchanteresses. Je n'ose imaginer ce que Tardi pourrait faire avec Richard Powers ou Paul Auster.  

Le serrurier volant chez Folio N°4748, 150 pages

Le Montespan, Jean Teulé


Je crois que je ne vais pas être très originale en écrivant que le "dernier Teulé" est particulièrement croustillant et burlesque.  Cette biographie du marquis de Montespan est remarquable. Jean Teulé a repéré dans ce cocu désespéré, mais néanmoins amoureux transi, un véritable héros de comédie romantique. Et pourtant les passionnés d'histoire ne seront pas en reste puisque le livre regorge d'anecdotes et de faits véritables. 
Pour couronner le tout, l'auteur s'est attaché à écrire en vieux français ce qui ajoute une touche de réalisme aux scènes souvent complètement ubuesques (mais la réalité semble n'avoir jamais été déformée). Il faut dire que la cour du Louis XIV n'est pas ce que la France a eu de plus raffiné autant dans son langage que dans son comportement. Cela donne naissance à des dialogues hilarants parfois folichons voire graveleux. En résumé : une biographie originale, haute en couleur. 

Voici une interview de Jean Teulé qui raconte merveilleusement bien cet incroyable personnage :


Le Montespan chez Julliard, 334 pages, 20€

A Man in the Dark, Paul Auster


Ne cherchez pas ce livre en librairie. Il sortira en France en janvier 2009. Je me suis posée pas mal de questions au sujet de ce billet : fallait-il parler d'un livre que la majorité des lecteurs du blog ne pourrait pas lire? quel intérêt ? Mais voilà, certains d'entre vous l'auront bien compris, je suis une fan absolue de cet auteur et, je ne peux retenir ma langue (ou plutôt mes doigts loin du clavier). J'ai vraiment envie d'en parler !!! Juste un petit peu...

Juste pour dire que ce dernier roman est un peu différent des derniers. L'action se déroule sur une nuit. C'est l'histoire d'un homme cloué dans un siège qui se raconte des histoires pour tuer le temps, pour attendre le jour : "I am alone in the dark, turning the world around in my head as I struggle through another bout of insomnia, another white night in the great american wilderness".  Il y est question de guerre, d'errance, de 11 septembre, des grands classiques du cinéma, de relation père-fille.Un roman raconté dans le silence de la nuit pour exprimer la violence du dehors.

Superbe, comme toujours avec Auster.

Grand Prix des lectrices Elle 2009, Sélection Septembre


Voici les titres retenus ce mois-ci qui sont exceptionnellement au nombre de 4. Le jury n'a pas su se mettre d'accord sur le polar a priori. A mon grand étonnement, parmi les deux retenus dans cette catégorie, on trouve "La princesse des glaces" de Camila Läckberg qui m'avait laissé... de glace. Vous trouverez mon billet ici.

Dans la catégorie Roman :

"Des papillons sous la pluie"  de Mira Maguen aux éditions Mercvre France :

"Cet appel-là, Adam Ouria l'attendait depuis vingt-cinq ans. Il en avait dix quand sa mère l'avait abandonné sans la moindre explication, sans un mot. Bohème, fantasque, incapable de se fixer quelque part, elle ne devait jamais donner de nouvelles.
Depuis, devenu médecin généraliste dans une grande ville israélienne, il porte en lui une part de peur et d'angoisse qu'il ne peut ni extirper ni partager avec quiconque. Un soir, il y a ce coup de téléphone... Pendant trois jours, chaque pensée, chaque geste, chaque rencontre va prendre pour Adam une résonance particulière..."



Dans la catégorie Récit :

"Le château de verre" de Jeannette Walls chez Robert Laffont

Jeannette Walls est connue du Tout New-York : chroniqueuse mondaine, elle évolue dans le monde des célébrités. Qui pourrait imaginer qu'elle a passé ses premières années dans la misère la plus sordide? - que son enfance a été une lutte continuelle pour survivre, marquée par un père et une mère d'une excentricité absolue?...
Amoureux des arts et des lettres, sublime de fantaisie, les parents Walls sont aussi des marginaux d'un égoïsme criminel. Mathématicien et bricoleur inspiré, le père caresse un rêve fou : bâtir une maison de verre dans le désert. Mais il noie ses  projets dans l'alcool. La mère écrit, peint, déclame de la poésie. Son bien-être ne l'intéresse pas. Celui de sa progéniture non plus. Fuyant la misère, la famille doit sillonner l'Amérique. En permanence, les enfants Walls sont confrontés au froid, à la faim, au danger...

Dans la catégorie Polar :

"Jusqu'à ce que mort s'ensuive" de Roger Martin au Cherche Midi

Brillant étudiant issu de la bourgeoisie noire d'Atlanta, Douglas Bradley a posé sa candidature à la prestigieuse académie militaire de Colorado Springs. Lorsqu'elle est rejetée par les autorités militaires, c'est la consternation. Grâce à un de ces anciens professeurs, le jeune homme parvient à  apprendre les raisons de l'armée : en août 1944, accusé de violet d'agression, son grand-père Robert Bradley, a été pendu en France dans un petit village de Normandie.
Indigné par l'attitude de son père,, qui lui a caché la vérité, Douglas découvre l'existence d'une grand-mère, d'une tante et d'une cousine. Il se lance dans une recherche difficile, recherche cette famille dont il ignore tout. Sa tante lui confie sa conviction profonde de l'innocence de Robert Bradley et lui confie des documents le concernant....

"La princesse des glaces" de Camilla Lackberg chez Actes Sud

Erica Falk, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la cote ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d'une amie d'enfance, Allexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée. Impliquée malgré elle dans l'enquête (à moins qu'une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l'oeuvre), Erica se convainc très vite qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Sur ce point - et sur beaucoup d'autres-, l'inspecteur Patrik Hedstrom, amoureux transi, la rejoint. 

Quelques pincées de douceur,

Deux cuillères à café de tendresse,
Une rasade de nostalgie,
Un fond de douleur,
Une larme de piment,
Un saladier de poésie...

C'est tout ça ce gâteau café-café. Un véritable régal. A manger sans aucune modération pour votre santé. 

A lire les commentaires de Chiffonnette , Cathulu, Lily

L'enchanteur et illustrissime gâteau café-café d'Irina Sasson chez Les Mues Intervista, 150 pages, 13.50€

Mon Traître, Sarj Chalandon, Selection Prix Elle 2009

Lu dans le cadre de la sélection du Prix des Lectrices Elle 2009


Quatrième de couverture : "Il trahissait depuis près de vingt ans. L'Irlande qu'il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses mais, moi. Il nous avait trahis. chaque matin. Chaque soir..."

Mon commentaire : Sorj Chalandon, journaliste à Libération, c'est de toute évidence Antoine, un luthier parisien tombé amoureux fou de l'Irlande du Nord et du combat que mènent les catholiques face aux protestants depuis de nombreuses années.

Son traître, c'est Tyron Muhan alias Denis Donaldson, leader charismatique de l'IRA et du Sin Fein. En 2005, les services secrets britanniques révèlent qu'il a été leur informateur pendant 20 ans. Cette trahison, il en a fait SA trahison tant il considérait Denis/Tyron comme son frère.

« Mon traître », est une catharsis pour Sorj Chalandon. C'est le roman d'un homme profondément meurtri qui ne peut raconter sa blessure qu'au travers de la fiction. Tout en délicatesse, au fil des pages, il nous plonge dans l'intime : l'intime de sa blessure loin d'être cicatrisée, et, l'intime de son Irlande. Il a cette incroyable faculté de faire entendre la bière qui coule dans le pub, d'emmener le lecteur dans la rue manifester avec les catholiques. L'Irlande qu'il aime transpire dans chacune de ses pages, une Irlande belle, courageuse et chaleureuse.

Sorj Chaladon sait frapper juste et fort avec peu de mots. Pour exemple, la première phrase complètement déroutante : « La première fois que j'ai vu mon traitre, il m'a appris à pisser. » Comment ne pas faire assimiler son traître et lui avec un père et son fils? Et que dire du titre aussi : « Mon traître »? A lui seul, il mériterait des pages entières de commentaires.

"Mon traître" de Sorj Chalandon aux éditions Grasset

Le chemin parcouru, Ishmael Beah, Selection Prix Elle 2009

Lu dans le cadre de la sélection du Prix des Lectrices Elle 2009


Quatrième de couverture : "Sierra Leone, années 90. Il s'appelle Ishmael Beah. Hier encore, c'était un enfant qui jouait à la guerre. Désormais, il la fait. Un jour de 1993, sa vie bascule brusquement dans le chaos. Ishmael a douze ans lorsqu'il quitte son village pour participer dans la ville voisine à un spectacle de jeunes talents.

Après des mois d'errance dans un pays ravagé par la guerre, il tombe avec ses compagnons aux mains de l'armée..."

Mon commentaire : Le chemin d'Ishmaël est celui d'un enfant qui après avoir perdu sa famille, et erré pendant des mois seul dans la forêt sierra-léonaise, croise celui de l'armée. Elle en fait un tueur, dénué de toute sensibilité face à la souffrance et à la mort.

Alors que le fond du récit est particulièrement douloureux et touchant, l'écriture est plutôt très froide. L'auteur raconte sa vie comme on écrit un bulletin météorologique. Il est trop dans les faits et rarement dans le ressenti. Je suis restée sur ma faim tant il aborde si peu son cheminement intellectuel et affectif tout au long de ces années. Mais, peut-être que cette absence est révélatrice d'une douleur très profonde que l'auteur a encore du mal à coucher sur papier. Finalement, il a encore beaucoup de chemin à parcourir…

"Le chemin parcouru" d'Ishmael Beah aux éditions Presse de la Cité

Ténébreuses, Karine Alvtegen, Selection Prix Elle 2009

Lu dans le cadre du prix des lectrices Elle 2009



Quatrième de couverture : Axel Ragnerfeldt, écrivain consacré par le prix Nobel, mène une existence muette dans une maison de soins, seul face à ses souvenirs. les temoins de son passé aux nombreuses zones d'ombre ont aujourd'hui disparu : sa femme Alice, sa maitresse Halina, sa fille Annika et surtout son ancienne domestique Gerda ont été les actrices - ou les victimes - de drames jusqu'alors étouffés afin de protéger la réputation du grand homme. mais le jour où un terrible secret remonte à la surface, c'est une famille entière qui subit une véritable descente aux enfers"

Voilà un polar qui ne respecte pas les règles du genre : Au départ pas de cadavre, pas d'enquête non plus, pas d'inspecteur puisque pas de meurtres… rien de tout ça. Juste la mort naturelle d'une domestique à la retraite qui étrangement gardait dans son congélateur des livres dédicacés par le célèbre écrivain Axel Ragnerfeldt. « A Gerda, avec mes remerciements les plus chaleureux. » : quelques mots qui vont provoquer une réaction en chaine avec, au bout, quelques cadavres dans les placards...

Intrigue originale rondement menée. A coup de retours dans le temps, l'auteure tient presque en haleine le lecteur de la première à la dernière page. Presque car le rythme s'essouffle très souvent. Trop de scènes auraient pu être abrégées voire supprimées.

"Ténébreuses" de Karin Alvtegen chez Plon

La chambre aux échos, Richard Powers


Le premier roman que j'avais lu de Richard Powers, "Le temps où nous chantions", m'avait subjuguée. Je me suis donc ruée sur "La chambre aux échos" à sa sortie. Et pourtant, j'ai retardé de plusieurs semaines sa lecture. J'étais persuadée que j'allais être déçue. J'avais mis Richard Powers sur un pied d'Estale (avec quelques autres écrivains) et je ne voulais pas qu'il en descende. Réaction un peu stupide, certes, mais (et je pense que certain(e)s d'entre vous comprendront ça..) la lecture de ce livre m'avait tellement retournée que j'avais peur le charme soit rompu.

Et bien non. Rien de tout ça n'est arrivé. Ouf. Je viens de terminer La chambre aux échos et je suis toujours autant époustouflée par le talent de cet auteur. 

Ca commence presque banalement comme un roman policier assez noir. C'est d'ailleurs assez déroutant. L'action se situe au Nebraska. Mark Schulter, à la suite d'un accident de la route, se retrouve plonger dans le coma. Jusque là, rien d'exceptionnel sauf un petit mot trouvé sur sa table de chevet à l'hôpital a priori rédigé par un témoin anonyme de son accident qui lui a sauvé la vie et qui s'est évaporé dans la nature. 
A sa sortie du coma, Mark s'avère souffrir du syndrome de Capgras, déni paranoïaque de la réalité très singulier où tout en étant parfaitement capable de reconnaître la physionomie des visages familiers, le malade reste persuadé envers et contre tous que toutes les personnages de son entourage ont été remplacées par des sosies
Sa soeur, Karin, très touchée et complètement désemparée fait appel à un neurologue de renom de la côte ouest, le docteur Gérald Weber, auteur de best-seller de vulgarisation de médecine psychiatrique. A partir de là, le roman prend une toute autre tournure. De noir, le roman passe au genre métaphysique, philosophique, scientifique et écologique. 

A travers les personnages de Marc et Weber, Powers s'attaque intimement voire poétiquement (si si...) au cerveau de l'homme, dernier rempart scientifique de l'homme avant l'inhumain. Comment le cerveau édifie-t-il l'esprit? Existe-t-il vraiment un libre-arbitre? En quoi le moi consiste-t-il? Quelles sont les origines de la pensée? Des questions passionnantes que Powers sait aborder sans lasser ou désorienter le lecteur. Bien au contraire, il happe. 
Le personnage de Weber, très riche et passionnant, nous emmène aussi sur les thèmes du couple et de l'estime de soi. Au départ, il apparaît comme un homme fort avec une vie "parfaite", un couple "parfait", dans un coin des USA (la côte ouest)  "parfait". Mais, l'image est loin d'être le reflet de la réalité. Profondément torturé, Weber s'introspecte. Powers est alors captivant, rendant les méandres psychologiques de l'homme passionnant. 
Powers offre aussi des pages sur les grues et leur migration magnifiques, et, par le biais du personnage de Karin lance un appel de détresse écologique tout en subtilité.

Enfin, l'écrivain, très intéressé par les Etats-Unis post-11 septembre, a voulu faire du cas de Marc et de son syndrome de Capgras celui de cette Amérique  : "C'est une métaphore extrêmement souple...Du refus de la parentalité ou de la relation interpersonnelle qui ronge notre présent, par exemple, mais aussi du déni de l’Amérique de son lien pourtant si fort au reste du monde tout comme pour cet échec de l’humanité à accepter sa parenté avec le reste de la Création. En parodiant une vieille chanson, je dirais qu’on ne rejette que ceux que l’on aime. Vivre dans ce monde post 11 septembre est une expérience si proche en termes d’éloignement, de faux-semblants et de dédoublement : les choses les plus familières, les plus intimes sont devenues si étranges qu’on ne les reconnaît plus." What else?...

A lire, une interview très intéressante de l'auteur par Laurent Simon pour Zone Littéraire (dont est tiré le paragraphe précédent), c'est

Je n'ai pas (encore) trouvé d'avis négatif sur ce livre. 
Par contre, le billet de Cuné, aussi enthousiasmée que moi, est très intéressant. 

La chambre aux échos aux éditions Le Cherche Midi, 470 pages, 23 €

Grand Prix des lectrices Elle 2009, Sélection Aout


Comme promis, voici la première sélection du cru 2009 :


Dans la catégorie Roman :

"Mon traître" de Sorj Chalandon aux éditions Grasset




"Il trahissait depuis près de vingt ans. L'Irlande qu'il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses mais, moi. Il nous avait trahis. chaque matin. Chaque soir..."





Dans la catégorie Récit

"Le chemin parcouru" d'Ishmael Beah aux éditions Presse de la Cité 



"Sierra Leone, années 90. Il s'appelle Ishmael Beah. Hier encore, c'était un enfant qui jouait à la guerre. Désormais, il la fait. Un jour de 1993, sa vie bascule brusquement dans le chaos. Ishmael a douze ans lorsqu'il quitte son village pour participer dans la ville voisine à un spectacle de jeunes talents.

Après des mois d'errance dans un pays ravagé par la guerre, il tombe avec ses compagnons aux mains de l'armée..."



Dans la catégorie Polar : "Ténébreuses" de Karin Alvtegen chez Plon


"Axel Ragnerfeldt, écrivain consacré par le prix Nobel, mène une existence muette dans une maison de soins, seul face à ses souvenirs. les temoins de son passé aux nombreuses zones d'ombre ont aujourd'hui disparu : sa femme Alice, sa maitresse Halina, sa fille Annika et surtout son ancienne domestique Gerda ont été les actrices - ou les victimes - de drames jusqu'alors étouffés afin de protéger la réputation du grand homme. mais le jour où un terrible secret remonte à la surface, c'est une famille entière qui subit une véritable descente aux enfers"

Grand Prix des lectrices Elle 2009


Ca y est, l'aventure-lecture du Prix 2009 des lectrices de ELLE a commencé. Une année de lecture qui devrait être trépidante même si je me demande comment je vais pouvoir mettre de côté ma PAL sans trop de frustrations!

Pour celles et ceux (oui messieurs) que cela intéresse, je vous communiquerai les titres sélectionnés chaque mois dans les trois catégories (roman, récit et polar) et publierai mes commentaires le mois suivant, une fois que les autres membres du jury auront rendu leur commentaires et critiques.

Pour un petit rappel des règles, c'est



Bonne lecture

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