
George Brassens s'est inspéré de ses poèmes pour écrire certaines de ses chansons. Léo Ferré et Serge Regiani l'ont chanté. Renaud lui a rendu hommage dans la chanson "Mon bistrot préféré". Jean Teulé en a fait le héros du dernier volet de sa trilogie consacrée aux poètes maudits après Rimbaud et Verlaine. Vous connaissez peut-être de lui "La ballade des pendus" souvent étudiée au collège :
Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car si vous avez pitié de nous, pauvres,
Dieu aura plus tôt miséricorde de vous.
Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!....
Poète du XVe siècle aussi génial qu'abject, François Villon suscite toujours beaucoup d'intérêt tant pour ses écrits que pour sa mystérieuse et rocambolesque vie. Parmi ces mystères, son éventuelle appartenance à la Coquille, groupe de brigands barbares qui a sévit dans le nord de la France pendant près de 30 ans au milieu du XVe siècle. Pour rejoindre cette confrérie il tue. Il va même jusqu'à offrir sa chère et tendre à un groupe de ces barbares pour un viol collectif. Pour laver cet affront, Isabelle décide de se faire emmurer :
"Jamais je n'oublierai cette image d'Isabelle qu'on emmure à l'aube au Réclusoir des Innocents... Dimenche le Loup finit d'élever une maçonnerie derrière mon amour qu'il enferme dans un petit réduit où elle ne pourra que se tenir debout ou s'asseoir sur un banc de pierre, jamais se coucher, jusqu'à la fin de ses jours.
- Elle va pisser, chier sous elle, se noyer dans sa merde, me rappelle Dogis qui n'est pas un poète.
- Des passants charitables déposeront de la nourriture entre les barreaux des ouvertures, glisseront des couvertures en hiver..."
Il faut dire que Jean Teulé ne nous épargne aucun détail quant aux châtiments et tortures infligés couramment à l'époque. Certaines pages sont une explosion d'immondices et d'abjections . Ca a donné la nausée à plus d'un lecteur. Malheureusement, rien n'est exagéré ni extrapolé tant la dignité humaine avait peu de valeur à cette époque. Les actes sont aussi nauséabonds et violents que l'était le Moyen-Age. Donc âmes sensibles, s'abstenir. Mais quel dommage de se priver d'un tel texte.
Jean Teulé a réalisé un véritable coup de maître autant sur le fond que sur la forme. Quel toupet d'écrire un roman biographique sur le poète à la première personne du singulier! Il approche tellement le personnage qu'en refermant le livre, on a juste l'impression de s'être immiscer dans l'intimité de Villon, de l'avoir vu, de l'avoir touché. L'écriture de Teulé aussi subtile dans l'horreur que dans l'humour (omniprésent dans le texte, ouf!) fait jaillir les angoisses du poète et de ses contemporains sans ambages ni courtoisie, comme Villon...
Je, François Villon aux éditions Julliard, 415 pages, 20€