Il faut qu'on parle de Kevin, Lionel Shriver


Percutant. Il n'y a pas d'autre mot pour décrire ce livre. Kevin, jeune adolescent américain, a commis l'inimaginable en tuant à l'arbalète 9 personnes de son lycée. 
Eva, sa mère, raconte l'histoire de son meurtrier de fils essayant de comprendre le pourquoi. Pourquoi dès sa naissance son fils n'a jamais été comme les autres? Pourquoi Kevin n'a jamais aimé jouer ni même les autres enfants de son âge? Elle essaie par-dessus tout de savoir si elle a sa part de responsabilité dans cette tuerie sanglante. 

Sous la forme d'un thriller très prenant, Lionel Shriver décrypte le rapport mère-enfant sous sa forme la plus cruelle. La question, très taboue, qui plane tout au long du roman est celle de l'amour d'une mère pour son enfant : une mère aime-t-elle forcément son enfant? 

Un livre intense, bouleversant, voire choquant pour certains, servi par une écriture simple et fluide mais aussi très percutante. Ames sensibles ou femmes enceintes : s'abstenir...

Il faut qu'on parle de Kevin, Editions J'ai Lu N°8605, 605 pages, 8.40€

Je, François Villon de Jean Teulé



George Brassens s'est inspéré de ses poèmes pour écrire certaines de ses chansons. Léo Ferré et Serge Regiani l'ont chanté. Renaud lui a rendu hommage dans la chanson "Mon bistrot préféré". Jean Teulé en a fait le héros du dernier volet de sa trilogie consacrée aux poètes maudits après Rimbaud et Verlaine. Vous connaissez peut-être de lui "La ballade des pendus" souvent étudiée au collège :

Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car si vous avez pitié de nous, pauvres,
Dieu aura plus tôt miséricorde de vous.
Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!....


Poète du XVe siècle aussi génial qu'abject, François Villon suscite toujours beaucoup d'intérêt tant pour ses écrits que pour sa mystérieuse et rocambolesque vie. Parmi ces mystères, son éventuelle appartenance à la Coquille, groupe de brigands barbares qui a sévit dans le nord de la France pendant près de 30 ans au milieu du XVe  siècle. Pour rejoindre cette confrérie il tue. Il va même jusqu'à offrir sa chère et tendre à un groupe de ces barbares pour un viol collectif. Pour laver cet affront, Isabelle décide de se faire emmurer :

"Jamais je n'oublierai cette image d'Isabelle qu'on emmure à l'aube au Réclusoir des Innocents... Dimenche le Loup finit d'élever une maçonnerie derrière mon amour qu'il enferme dans un petit réduit où elle ne pourra que se tenir debout ou s'asseoir sur un banc de pierre, jamais se coucher, jusqu'à la fin de ses jours.
- Elle va pisser, chier sous elle, se noyer dans sa merde, me rappelle Dogis qui n'est pas un poète.
- Des passants charitables déposeront de la nourriture entre les barreaux des ouvertures, glisseront des couvertures en hiver..."

Il faut dire que Jean Teulé ne nous épargne aucun détail quant aux châtiments et tortures infligés couramment à l'époque. Certaines pages sont une explosion d'immondices et d'abjections . Ca a donné la nausée à plus d'un lecteur. Malheureusement, rien n'est exagéré ni extrapolé tant la dignité humaine avait peu de valeur à cette époque. Les actes sont aussi nauséabonds et violents que l'était le Moyen-Age. Donc âmes sensibles, s'abstenir. Mais quel dommage de se priver d'un tel texte.

Jean Teulé a réalisé un véritable coup de maître autant sur le fond que sur la forme. Quel toupet d'écrire un roman biographique sur le poète à la première personne du singulier! Il approche tellement le personnage qu'en refermant le livre, on a juste l'impression de s'être immiscer dans l'intimité de Villon, de l'avoir vu, de l'avoir touché. L'écriture de Teulé aussi subtile dans l'horreur que dans l'humour (omniprésent dans le texte, ouf!) fait jaillir les angoisses du poète et de ses contemporains sans ambages ni courtoisie, comme Villon...

Je, François Villon aux éditions Julliard, 415 pages, 20€ 


Et mon coeur transparent, Véronique Ovaldé


Je préfère le dire tout de suite : je n'ai pas réussi à terminer ce livre. La quatrième de couverture m'avait bien accrochée : " Sait-on jamais avec qui l'on vit? Lancelot ne cesse de se heurter à cette question depuis que sa femme, Irina, a été victime d'un accident qui l'a précipitée au fond de la rivière Omoko. Déjà ébranlé par sa mort, il va vivre un "Très Grand Choc Supplémentaire" en découvrant que des mystères entourent cette disparition. Un à un se dévoilent les secrets que sa femme avait prix soin de lui cacher. Dès lors, il ne lui reste qu'à mener l'enquête et élucider cette énigme : que faisait Irina, ce jour-là, à Catano, au volant d'une voiture qui ne leur appartenait pas et dont le coffre contenait des objets pour le moins suspects... 

Alléchant, non? Et pourtant j'ai calé au milieu du livre. Je n'ai rien à reprocher à l'écriture, très belle cela dit : précise, sensible et très délicate. Mais je n'ai pas du tout été sensible aux personnages de Lancelot et Irina, trop loufoques, trop décalés pour me séduire et  m'entraîner dans leur folle (?) histoire. L'histoire et les événements sortent trop souvent de "l'Ordinaire" pour que mon esprit trop cartésien (je le conçois) accroche.

Je vous encourage donc à lire les avis de blogueuses moins cartésiennes que moi qui ont su apprécier le roman Anne,   Clochette,   Clarabel, Cathulu .

"Et mon coeur transparent"  aux éditions de l'Olivier, 232 pages, 18€

American Darling, Russel Banks


Après bien des années où j'ai cru que je ne rêvais plus jamais de rien, j'ai rêvé de l'Afrique. C'est arrivé une nuit de la fin du mois d'août, ici, dans ma ferme de Keene Valley, pratiquement le lieu le plus éloigné de l'Afrique où j'aie pu m'installer. J'ai été incapable de me souvenir de ce que racontait ce rêve, mais je sais qu'il se déroulait en Afrique, au Libéria, dans ma maison de Monrovia."

  Dès les premières pages, on comprend qu'Hannah Musgrave a beaucoup de choses à raconter, qu'elle a besoin de soulager sa mémoire. Timidement, délicatement, elle nous embarque avec elle depuis les Etats-Unis jusqu'au Libéria entre 1960 et 2001, à la veille du 11 septembre. 

Dans les années 60, Hannah plaque sa vie de parfaite petite bourgeoise américaine, Harvard, ses parents, pour faire la révolution, "sa révolution". Elle rejoint le "Weather Underground", groupuscule d'extrême gauche armé voulant faire tomber Nixon, stopper la guerre et faire reconnaître les droits civiques des Noirs. Son militantisme va loin, trop loin. Elle s'enfuit alors au Libéria avec le FBI  aux trousses. Elle démarre une nouvelle vie, se marie à un ministre de Samuel Doe et s’implique dans la sauvegarde des chimpanzés pour très vite être rattrapée par la tourmente de l’histoire qui broya le Liberia.

Pendant 40 ans, Hannah garde en ligne de mire ses convictions, ses utopies. La militante n'est jamais très loin. Pourtant Russel Banks ne nous éclaire pas complètement sur le personnage. Une part de mystère plane autour d'elle du début à la fin. Il reste difficile d'expliquer certains de ses choix, de ses priorités. Mais pourtant, on a souvent envie de la prendre dans ses bras, de la serrer fort tant la vie ne lui a rien épargné. 

Russel Banks à travers l'histoire du Libéria et l'errance de son héroïne (re)met brillamment à jour toutes les contradictions politiques et démocratiques des Etats-Unis  : son mal-être face à sa politique raciale, l'esclavagisme, le racisme. Pas étonnant que Russel Banks choisisse de terminer son roman le 11 septembre 2001. 

Magnifique roman qui ne laisse pas indemne. Une belle histoire de l'Homme dans ce qu'il a de pire et de meilleur. 

American Darling chez Babel N°780, 570 pages, 10.50€

La princesse des glaces, Camilla Lackberg


Je ne vais pas m'étendre sur l'histoire de ce polar tant elle est inconsistante. Ca a la couleur de Millenium, ca vient de Suède comme Millenium mais c'est pas du Millenium !! Les personnages stéréotypés à souhait laissent de marbre (ou de glace?!).
L'intrigue est particulièrement mal menée. "L'auteur s'imagine, une fois arrivés les trois quarts du bouquin, nous révéler quelque chose d'inimaginable, alors que ca fait deja 200 pages qu'on a pigé le topo et qu'on se dit que c'est pas possible d'avoir des personnages si nunuches qui ne voient pas l'évidence". 

 Il faut dire que Lackberg a été surnommée "la Simenon" de Suède. Quelle honte pour cet incroyable écrivain. C'est plutôt "la Coben-Higgins Clark" de Suède.... 
Je dirais même la Coben-Higgins Clark-Cartland" de Suède. Si si ! Extrait : "Avant de comprendre ce qui se passait, Patrick était assis tout près d'elle et après une seconde d'hésitation, il posa ses lèvres sur les siennes. D'abord elle ne sentit que le goût du vin, qui était sur leurs lèvres à tous deux, mais ensuite elle sentit le goût de Patrick. Doucement elle ouvrit la bouche et découvrit le bout de sa langue qui cherchait la sienne. Tout son corps était électrique.... Subitement, elle réalisa que la lingerie qu'elle avait choisie n'était pas ce qu'elle souhaiter montrer à Patrick pour leur première fois. Le tout était de savoir comment elle pourrait s'arranger pour quitter aussi bien le collant que la culotte de maintien sans que Patrick les voie." Ouahhhhhh ! Comme c'est beau, comme c'est romantique...

  Bref, pour cet été, si vous voulez lire un polar digne de ce nom, achetez-vous plutôt un  Simenon, vous ne serez jamais déçu (Le bourgmestre de Furnes, La vérité du Bébé Donge, La maison du canal...).

P.S : Pour couronner le tout, le livre est truffé de fautes d'accord et d'erreurs de traduction, ce qui est assez étonnant de la part d'Actes Sud.

Commentaire d'Amanda aussi enjouée que moi !!

La princesse des glaces chez Actes Sud Actes Noirs, 380 pages, 21€

Madame Bâ, Eric Orsenna


Irrésistible Madame Marguerite Bâ...

Merveilleuse Afrique...

Voilà les deux héroïnes du roman d'Eric Orsenna, grand amoureux de l'Afrique, et des femmes. Pour raconter son Afrique, il raconte l'histoire de cette incroyable Madame Bâ, malienne, obligée de remplir un formulaire 13-0021 pour l'obtention d'un visa temporaire français. Seulement la femme africaine ne rentre pas dans les cases de l'administration française ! Et, comme elle ne veut pas essuyer un refus, elle écrit directement au Président de la République Française pour expliquer son désarroi :
"Que sauriez vous de moi si je me contentais de l'état civil et de sa maigre exactitude ? Il vous manquerait l'essentiel, ma relation familiale avec le patriarche Abraham, les pouvoirs nyama de ma caste des Nomous, les folies incontrôlables de mon fleuve Sénégal et bien d'autres révélations propres à vous éclairer sur la nature véritable de cette Africaine qui se présente à vous, fille, femme, mère et grand-mère. Comment sans me connaître, pouvez-vous décider de me fermer ou de m'ouvrir les portes de la France ? La vie est une, Monsieur. Qui la découpe en trop petits morceaux n'en peut saisir le visage. Qui sait du désert celui qui ne regarde qu'un grain de sable?

A travers la lettre de Madame Bâ, Eric Orsenna dresse sans fard ni complaisance le portrait d'une Afrique enchanteresse et solidaire mais aussi violente et recluse. Et tout ça, avec la grande poésie qu'on lui connaît. Les pages regorgent de phrases qu'on a envie de lire et relire. Les images sont belles. Les personnages profondément attachants. Comme l'Afrique.

Madame Bâ chez Fayard Stock, 485 pages, 22 €

Ellen Foster, Kaye Gibbons


Sud des Etats-Unis d'Amérique. 
Ellen Foster est une petite fille de 11 ans aussi lucide et mature qu'un adulte. Il faut dire que la vie ne lui a encore rien épargné. Son père, un monstre alcoolique, la terrorise comme il a terrorisé sa mère pendant des années, la poussant au suicide. Alors quand ses deux parents meurent, elle se retrouve ballottée de foyer en foyer, avec le fol espoir à chaque fois qu'y trouver une nouvelle maman, un nouveau papa, des gens qui ne crient pas, ne boivent pas. Avec ses mot d'enfants, Ellen écrit la méchanceté, le racisme et l'hypocrisie de ses congénères américains, et des adultes en général. Un livre poignant mais jamais sordide. Pas de pathos. Juste un joli "bafouillage" d'enfant qui touche en plein coeur les adultes.

Ellen Foster aux Editions Titres N°19, 180 pages, 6 €

Garden of Love, Marcus Malte


Voici la présentation de l'éditeur

Troublant, diabolique même, ce manuscrit qu'Alexandre Astrid reçoit par la poste. Le titre : Garden of love. L'auteur : anonyme. Une provocation pour ce flic sur la touche, à la dérive, mais pas idiot pour autant. Loin de là. Il comprend vite qu'il s'agit de sa propre vie. Dévoyée. Dévoilée. Détruite. Voilà soudain Astrid renvoyé à ses plus douloureux et violents vertiges. Car l'auteur du texte brouille les pistes. Avec tant de perversion que s'ouvre un subtil jeu de manipulations, de peurs et de pleurs. Comme dans un impitoyable palais des glaces où s'affronteraient passé et présent, raison et folie, Garden of love est un roman palpitant, virtuose, peuplé de voix intimes qui susurrent à l'oreille confidences et mensonges, tentations et remords. Et tendent un redoutable piège. Avec un fier aplomb.

Vous l'aurez compris : si je donne le résumé de l'éditeur, c'est que j'en suis bien incapable tant je n'ai pas du tout accroché.... Je suis l'exception qui fait la règle vu l'engouement que rencontre ce titre en librairie et sur vos blogs : Kathel  , Emeraude, JM Laherrère...
En résumé : ne pas tenir compte de mon opinion ; je me fais l'avocat du diable. 

Garden of Love aux Editions Zulma, 315 pages, 18.50€

Copyright © 2008 - Des livres et tout - is proudly powered by Blogger
Blogger Template