
Pour être franche, je n'ai réussi à terminer ce livre. J'avais complètement craqué sur son titre qui réunissait pour moi deux choses antinomiques et inconciliables : l'austérité et l'implacabilité des théories physiques avec la frivolité des personnages d'Almodovar.
La quatrième de couverture n'a fait qu'exciter un peu plus ma curiosité : "Défiguré à la suite d'un accident, le narrateur émerge lentement de sa solitude, réconcilie la forme et le sans-forme, explore le monde duquel il s'était retiré. Le double regard, celui, distant, d'Almodovar qui le filme et celui, passionné, d'un transsexuel, lui fait comprendre peu à peu qu'il y a une fête au centre du vide".
Dès les premières pages, je comprends qu'il s'agit, a priori*, d'une autobiographie même si l'auteur, qui s'adresse directement à moi, explique que pour écrire son histoire, il faut faire "le récit d'une vie bien remplie". Et il ajoute : "Depuis 15 ans, personne ne m'a vu. Pour avoir une vie, il faut un visage. Un accident a détruit le mien et tout s'est arrêté une nuit à vingt ans. ma première rencontre avec Newton... J'ai beaucoup rêvé d'écrire depuis quelques années, comme si je voulais m'intercaler entre deux livres de ma bibliothèque, Casanova et Celan, mais une superstition m'en a empêché. Un homme sans visage est un pronom indéfini."
J'ai été subjuguée et emportée par les premiers chapitres. L'écriture est belle, émotionnelle. Je pourrais en recopier des pages et des pages. Il y raconte sa vie d'avant, avant l'accident, quand il était beau et amoureux d'une belle. Il y couche aussi son fol espoir qu'Almodovar mette en scène sa vie, pour que "l'étendue de son regard écoute son visage". "Il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l’horreur en beauté". Le regard du cinéaste "est celui de quelqu’un qui sait que le blanc et le noir ne doivent jamais faire du gris mais vibrer en flirtant outrageusement l’un avec l’autre, ébahis par la soie d’un coup de langue qui toujours abolit le hasard".
Mais, passé ce début, l'auteur tombe dans l'ultra-kitsch. Il grossit trop les traits, joue trop avec le symbolisme. J'ai finit par m'y perdre complètement. Le cerf qui les regarde faire l'amour en train de manger des châtaignes : c'était de trop (rires !!). Dommage. Vraiment dommage car l'écriture est somptueuse.
* J'ai écrit plus haut qu'il s'agissait d'une autobiographie a priori : l'auteur, âgé maintenant de 35 ans, vit toujours reclus, et personne ne l'a jamais rencontré. On ne saura donc pas s'il s'agit d'une réalité ou d'un horrible coup de marketing...
Je vous conseille une visite
du blog de l'auteur aussi étrange et contrasté que son livre (vous pourrez aussi y admirer de superbes photos de... cerfs!)
Le Théorème d'Almodovar chez Gallimard, 145 pages, 12.50€