Le temps où nous chantions, Richard Powers

Genre
Un chef d'oeuvre.

Epoustouflant.
Un de ces moments de lecture qu'on n'oublie jamais tant il est bouleversant.

L'histoire commence en 1939 dans une Amérique raciste.
La ségrégation entre Noirs et Blancs est terminée officiellement... Juste officiellement.
Le nazisme se déchaîne en Europe sous l'égide haineuse d'Hitler.
C'est dans ce contexte que David, physicien déjanté, et Delia se marient : elle est noire, lui juif allemand. Inconcevable à l'époque. Le mariage "d'un oiseau et d'un poisson" : improbable. Contre vents et marées, ils essaient de vivre normalement ignorant tant que possible les regards accusateurs et haineux du monde qui les entoure, obsédé par l'idée de la pureté raciale.
Ils ont trois enfants. Trois mulâtres donc ou "mulatto" en anglais. Terme qui fait froid dans le dos tant il est péjoratif, raciste. Pourtant il reflète bien ce qui attend Joseph, Jonath et Ruth. Pour les protéger, Delia et David choisissent de les élever à la maison à travers la musique et le chant, au-delà de la notion de la race. Seulement, arrive le jour où les trois enfants doivent affronter le monde extérieur, une réalité cruelle qu'ils ne pouvaient pas imaginer...

La prose est magnifique, d'une puissance évocatrice rare. L'histoire bouleversante, pleine d'humilité. Une cinquantaine d'années de l'histoire des noirs et des blancs se déroule doucement au rythme de Brahms, Bach, Davis, Ellington.... Une saga polyphonique qui révèle le cuisant échec d'une Amérique à unir ses peuples.

Je ne vois même pas comment il aurait été possible de faire plus juste. Probablement une oeuvre majeure pour la littérature américaine qui a trouvée en Richard Powers le plus grand écrivain de sa génération. "Le temps où nous chantions, paru il y a trois ans aux Etats-Unis, valut à son auteur, dont la notoriété était jusque-là confidentielle, d'être comparé à Philip Roth (pour l'ambition), Gabriel García Márquez (pour le style), Thomas Mann (pour l'usage de la musique) et même Marcel Proust (pour la méditation sur le temps). C'est à la fois prestigieux et insuffisant" (François Busnel, Lire). Rien que ça !

"Le Temps où nous chantions" a été élu meilleur livre de l'année 2003 par le New-York Times et le Washington Post.

Un énorme merci à Cuné et Kathel pour m'avoir fait découvrir ce livre.

"Le temps où nous chantions" aux éditions 10-18 N°4053, 1050 pages, 11 €

Ce livre est très bonne surprise. Une de ces surprises que j'aimerais avoir plus souvent. Je l'avais acheté après avoir lu "La malédiction d'Edgar" de Marc Dugain qui faisait une "légère allusion" à l'implication des Kennedy dans la mort de Marilyn Monroe. Je voulais en savoir un peu plus. 
Avec une telle quatrième de couverture, je ne pouvais pas passer à côté : "Trente mois durant, de janvier 1960 au 4 août 1962, ils formèrent le couple le plus improbable  : la déesse du sexe et le psychanalyste freudien. Elle lui avait donné comme mission de l'aider à se lever, de l'aider à jouer au cinéma, de l'aider à aimer, de l'aider à ne pas mourir. Il s'était donné comme mission de l'entourer d'amour, de famille, de sens, comme un enfant en détresse. Il voulut être comme sa peau (...) On l'accusa d'avoir eu sa peau. Telle est l'histoire. Dans la lumière adoucie d'un cabinet de psychanalyse se redit la dernière séance de Marilyn."  J'ai découvert une Marilyn que je connaissais pas. Une femme maladivement timide, qui hors du champ de 
vision des cameramen ou photographes, n'était que torture et angoisse. 
Complexée et fragile, ravagée par ses abus d'alcool et de barbituriques, elle s'est complètement livrée, ou plutôt donnée, à son psychanalyste (freudien rigoriste) Ralph Greenson. Mais la relation analyste/analysé a complètement échappé le médecin. Ce roman/essai raconte ces deux histoires: celle d'un analyste trop près de sa patiente pour voir sa souffrance, et celle d'une femme qui, trop angoissée pour arriver à vivre, s'enfonce dans une analyse perdue.
Pour étayer son récit, l'auteur s'appuie sur une quantité impressionnante de documents : lettres, enregistrements, carnets de notes... qui rend cette descente aux enfers encore plus tragique tant la fin semble toute écrite dans ces morceaux du passé.
Il y est peu fait allusion aux Kennedy finalement. Quelques allusions sèment encore le trouble. L'auteur développe une autre thèse que je vous laisse découvrir par vous même...

Je le redis : l'histoire est passionnante et très émouvante. Mais aussi très dérangeante tant le portrait est acéré et cru, sans merci pour personne. On est très très loin des palliettes et des strass, du glamour légendaire d'Hollywood, mais très près de  Norma Jeane Mortenso.
 
A ne pas rater.

PS : désolée pour la présentation, mais ça bogue ! grrrrrrr

Marilyn Dernières Séances, Folio N°4663, 535 pages, 7.40€

Le Théorème d'Almodovar, Antoni Casas Ros


Pour être franche, je n'ai réussi à terminer ce livre. J'avais complètement craqué sur son titre qui réunissait pour moi deux choses antinomiques et inconciliables : l'austérité et l'implacabilité des théories physiques avec la frivolité des personnages d'Almodovar
La quatrième de couverture n'a fait qu'exciter un peu plus ma curiosité : "Défiguré à la suite d'un accident, le narrateur émerge lentement de sa solitude, réconcilie la forme et le sans-forme, explore le monde duquel il s'était retiré. Le double regard, celui, distant, d'Almodovar qui le filme et celui, passionné, d'un transsexuel, lui fait comprendre peu à peu qu'il y a une fête au centre du vide".

Dès les premières pages, je comprends qu'il s'agit, a priori*,  d'une autobiographie même si l'auteur, qui s'adresse directement à moi, explique que pour écrire son histoire, il faut faire "le récit d'une vie bien remplie". Et il ajoute : "Depuis 15 ans, personne ne m'a vu. Pour avoir une vie, il faut un visage. Un accident a détruit le mien et tout s'est arrêté une nuit à vingt ans. ma première rencontre avec Newton... J'ai beaucoup rêvé d'écrire depuis quelques années, comme si je voulais m'intercaler entre deux livres de ma bibliothèque, Casanova et Celan, mais une superstition m'en a empêché. Un homme sans visage est un pronom indéfini."

J'ai été subjuguée et emportée par les premiers chapitres. L'écriture est belle, émotionnelle. Je pourrais en recopier des pages et des pages. Il y raconte sa vie d'avant, avant l'accident, quand il était beau et amoureux d'une belle. Il y couche aussi son fol espoir qu'Almodovar mette en scène sa vie, pour que "l'étendue de son regard écoute son visage". "Il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l’horreur en beauté". Le regard du  cinéaste "est celui de quelqu’un qui sait que le blanc et le noir ne doivent jamais faire du gris mais vibrer en flirtant outrageusement l’un avec l’autre, ébahis par la soie d’un coup de langue qui toujours abolit le hasard".

Mais, passé ce début, l'auteur tombe dans l'ultra-kitsch. Il grossit trop les traits, joue trop avec le symbolisme. J'ai finit par m'y perdre complètement. Le cerf qui les regarde faire l'amour en train de manger des châtaignes : c'était de trop (rires !!). Dommage. Vraiment dommage car l'écriture est somptueuse.

* J'ai écrit plus haut qu'il s'agissait d'une autobiographie a priori : l'auteur, âgé maintenant de 35 ans, vit toujours reclus, et personne ne l'a jamais rencontré. On ne saura donc pas s'il s'agit d'une réalité ou d'un horrible coup de marketing...

Je vous conseille une visite du blog de l'auteur aussi étrange et contrasté que son livre (vous pourrez aussi y admirer de superbes photos de... cerfs!)

Le Théorème d'Almodovar chez Gallimard, 145 pages, 12.50€

J'veux du SOLEIL.... à Nîmes... au-dessus des arènes.

Magic RADIOHEAD, 14 juillet 2003.

C'était il y a 5 ans exactement dans ce lieu incroyable que sont les arènes de Nîmes. C'est le début d'un été mémorable tant il fut chaud, caniculaire. Nous avons calé nos vacances en fonction de cette date. Il n'est pas concevable d'être ailleurs que là. La Lune, pleine, semble plantée au-dessus de la scène, seule, sans un nuage autour d'elle. Et ça démarre... Un concert magique. Probablement le meilleur auquel j'ai assisté. 




Alors, forcement, je trépigne d'impatience à l'idée d'y retourner samedi prochain !!  Mais voilà, a priori cet été 2008 ne sera pas caniculaire mais plutôt pluvieux, même là-bas (!). 
Entendez-moi bien Mesdames Laborde, Dheliat, Martinet, Bourguoin et consorts : je n'accepterai aucune averse samedi soir prochain, pas une seule. Changez tout de suite cette carte qui me fait rugir de colère :

Je veux un anticyclone !! (c'est simple et clair, non?)
 

La Route, Cormac McCarthy


Ca va être difficile de parler de cette Route tant elle est bouleversante, déchirante, désarmante, poignante, saisissante, émouvante.... mais aussi effrayante, angoissante, cauchemardesque, terrorisante, terrifique*, atramentaire* et nubileuse*

Plus concrètement, cette route, c'est celle que suivent un père et son jeune garçon pour essayer de trouver un peu de chaleur, à manger, à boire, des "gentils", un semblant d'humanité. Le monde n'est plus rien. Dévasté. La route avance au milieu de nulle part. Même le ciel s'est tu : plus un oiseau, plus un insecte... rien
Et, qu'est ce que deviennent des hommes ayant survécus à l'Apocalypse ? La violence prend le dessus. L'instinct de survie transforme l'Homme en barbare primaire. Le Mal s'impose trop naturellement.
Le bien le plus précieux de ce père et son fils? pas une bouteille d'eau, ni une boite d'allumettes.... Un pistolet et deux balles. Une pour chacun, au cas où...

A lire (et relire) absolument.

* J'ai découvert ces mots dans l'incroyable "Dictionnaire des synonymes, mots de sens voisins et contraires" d'Henri Bertaud du Chazaud (chez Quarto Gallimard).On y trouve des vieux mots incroyables comme l'écoute-s'il-pleut (un moulin) ou supercoquentieux (extraordinaire).... 
Ce dictionnaire est d'une richesse remarquable. Exemple, au mot douceur : affabilité, affection, agrément, amabilité, aménité, attention, bienveillance, bonté, calme, charité, clémence, débonnaireté, docilité, félinité, gentillesse, humanité, indulgence, mansuétude, onction, patience, persuasion..mais aussi : mellifluence, suavéolence, tendreté, tendreur". 

La Route aux Editions de l'Olivier, 244 pages, 21€

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