Le treizième conte, Diane Setterfield
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Roman anglais, ☀ Vacances j'oublie tout.... Voilà un livre très sympa, léger et divertissant. Ca faisait du bien après "Le village de l'allemand". Par contre je ne serai pas aussi élogieuse que bon nombre d'entre vous. Certes, l'ambiance y est douce et tendue à la fois, feutrée, un peu sucrée-salée. Oui c'est vrai, il est impossible de lâcher le livre après seulement quelques pages lorsque Margaret Lea, libraire discrète et solitaire, découvre que Vida Winter, auteur de best-sellers aussi célèbre qu'énigmatique, lui demande de devenir sa biographe. Margaret plonge alors dans l’histoire mystérieuse des jumelles Emmeline et Adeline qui grandissent sans parents, loin de tous, au domaine d’Angelfield, dans le Yorkshire...
L'auteur utilise tous les filons du policier. Elle égraine petit à petit les indices. Parfois elle brouille les pistes. Très efficace, mais pas très original.
Les personnages sont très particuliers et profondément attachants. Les caractères ont été très travaillé : j'avais parfois l'impression de me retrouver dans "The Shinnig" de Kubrick ou "Vol au-dessus d'un nid de coucou" de Forman tant ils ont tous un brin de folie, cachent une profonde déchirure en vivant en marge de notre monde.
J'ai trouvé la conclusion très décevante. Les histoires de fantômes en trop. L'auteur retombe sur ses quatre pattes de façon abracadabrante... Manquait un peu du Kubrick ou du Milos Forman à ce moment là....
Mais dans l'ensemble, le livre est agréable, idéal pour les vacances (ça va me faire une nouvelle rubrique de livre...).
"Le treizième conte" chez Pocket N°13373, 560 pages.
Le Village de l'Allemand, Boualem Sansal
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Roman français, ⚑ Ca me dérange Cela fait déjà plus d'une semaine que j'ai terminé ce livre. J'avais envie d'attendre avant d'écrire une ligne à son sujet. J'avais besoin de prendre un peu recul, pour digérer ce que j'avais lu. Mais le temps n'y a rien fait : je suis aussi toujours autant dubitative. Interloquée et partagée.
Sur la forme : rien à dire. L'écriture est très belle. Le roman évolue entre les deux journaux des deux frères Schiller, nés de père allemand et de mère algérienne. L'un a une écriture impertinente, l'autre intellectualise beaucoup. Belle construction. J'ai du mal à en dire plus tellement, sur un point, le fond du livre m'a dérangé.
Extrait : "...quand je vois ce que les islamistes font chez nous (l'Algérie, en référence aux crimes et masssacres perpétrés par le GIA dans les années 1990 ) et ailleurs, je me dis qu'ils dépasseront les nazis si un jour ils ont le pouvoir. Ils sont pleins de haine et de prétention pour se contenter de nous gazer.
Ou bien encore : "Non, ceux qui ont conduit l'Algérie à la guerre civile ont eu recours aux mêmes méthodes que les nazis: parti unique, militarisation du pays, propagande à outrance, omniprésence de la police, délation, falsification de l'histoire, xénophobie, affirmation d'un complot ourdi par Israël et les Etats-Unis, etc. Dans les banlieues françaises, les islamistes imposent une façon de vivre et procèdent à un embrigadement qui fait penser aux camps de concentration"
Tout au long du livre, à petites doses, Boualem Sansal fait le rapprochement entre l'Allemagne nazie et l'Algérie d'aujourd'hui... rien que ça. Ca me dérange. Ca me gêne. Ca m'énerve profondément. Et pour les Algériens, et pour les juifs. Ce n'est, pour moi, ni plus ni moins qu'un raccourci sans fondement dangereux.
Je suis de manière générale contre toute forme de censure. Ce livre est interdit en Algérie. Et pour une fois j'ai presque envie de dire que c'est normal.
Je suis aussi effarée devant la teneur dithyrambique de la quasi totalité des critiques de ce livre (qui a aussi été primé à plusieurs reprises, il me semble). Certes, c'est bien écrit. Quelques intéressants y sont développés. Mais comment peut-on éluder la thèse soutenue par l'auteur? Comment peut-on autant nier une partie du fond au profit de la forme? Je ne comprends pas... Peut-être suis-je complètement passée à côté de l'essentiel?
"Le village de l'allemand", Boualem Sansal chez Gallimard, 260 pages, 17€
Pour célébrer l’anniversaire de la Commune,
venez construire une barricade de livres
avec les libraires de l’Est Parisien !


Vous avez des livres qui vous encombrent ? Profitez de l’occasion pour les recycler utilement !
Apportez-les et contribuez à l’élaboration d’une barricade symbolique.
Cette barricade proche du Mur des Fédérés et des lieux où se sont déroulés les derniers combats en mai 1871 pendant la semaine sanglante sera le lieu de débats, de rencontres et d'événements pour "fêter" la Commune.
A l’issue de la manifestation, les livres seront collectés par Bibliothèques Sans Frontières pour venir en appui à des bibliothèques défavorisées : www.bibliosansfrontieres.org
Tout au long de la journée, concerts, lectures, conférences, fanfares, … se succèderont autour de la barricade. Le programme en détails sur www.librest.fr
Rendez-vous :
A l'entrée de cimetière du Père Lachaise
Porte Gambetta, M° Gambetta, au bout de l'avenue du Père Lachaise
Si vous ne pouvez pas être là le 18, vous pouvez également déposer vos livres à partir du 10 mai dans les librairies Libr’Est : L’Atelier, Le Comptoir des Mots, Le Merle Moqueur, Le genre Urbain (Paris 20°), Atout Livre (Paris 12°), La Manœuvre (Paris 11°), Millepages (Vincennes).
La chambre des officiers, Marc Dugain
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Roman français, ♥♥♥ Très Bien
Très beau roman qui rend hommage aux gueules cassées de la Première Guerre Mondiale. Avec beaucoup de pudeur, Marc Dugain raconte la reconstruction intérieure d'Adrien, jeune et beau soldat français, que la guerre a transformé en monstre : "Mes pieds bougent. Les deux. Les mains aussi. Chacun de mes yeux percent la semi-obscurité. Je suis entier. Avec ma langue, je fais le tour de ma bouche. En bas elle vient s'appuyer sur les gencives de la mâchoire inférieure : les dents ont été pulvérisées. les hauteurs, elles, s'annoncent comme un couloir sans fin ; ma langue ne rencontre pas d'obstacle et, lorsqu'elle vient toucher les sinus, je décide d'interrompre cette première visite. C'est tout ce vide qui me fait souffrir".
C'est difficile d'en dire plus tant le texte est puissant et touchant, un poil sanguinolent. Une belle leçon d'humilité aussi.
La chambre des officiers chez Pocket, 160 pages, 4.90 €
Les jardins de la mort, George Pelecanos
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Polar américain, ♥♥♥ Très Bien Enfin un bon polar. Un vrai. Pas un de ceux qu’on voit trop en tête de gondole où seuls les titres les différencient tant ils ressassent tous la même histoire avec les mêmes super-flic-super-héros-un-peu-torturé-quand-même qui ont un brin de lucidité au dernier chapitre pour résoudre le crime du premier (chapitre). Happy End.
Avec Pelecanos, fini l’inspecteur Gadget sur l’ile aux enfants. On s’enfonce dans Washington D.C, pas le Washington de la Maison Blanche et des cols blancs, non, le sud-est de la ville, le Washington des records de criminalité où il est aussi facile d’acheter une cannette de Coca-Cola qu’un flingue ou une dose de cam, où les Noirs et les Blancs cohabitent difficilement et où les gamins trainent plus dans la rue que dans les écoles quand ils ne sont pas tués pas balle avant 15 ans.
Les personnages sont de Pelecanos sont d’une banalité déconcertante. Gus Ramone, un bon flic, pas un petit shérif, essaie dans la mesure du possible de ne pas se faire « bouffer » par le boulot, juste de le faire correctement, honnêtement. Avant d’être un bon flic, il essaie surtout d’être un bon père et un bon mari. Alors quand on découvre un matin le corps d’un copain de son fils, mort par balle, dans un jardin communautaire, c’est autant le flic que le père qui agit. Mais j’ai pas envie d’en dire plus sur l’enquête tant elle est presque secondaire chez Pelecanos. L’intérêt est ailleurs. Il n’est pas un faiseur d’intrigues.
Ces romans sont avant tout des véritables fresques de la société américaine. Il y a le Los Angeles de James Ellroy, le Boston de Dennis Lehane et le Washington de Pelecanos. La ville et ses petites gens sont les véritables personnages principaux. Pas les morts. Chaque rue est citée, chaque personnage dévisagé, chaque bar a sa musique (Pelecanos est un fan de soul et de funk des années 70). Un quotidien banal pour dessiner le cloaque de la ville.
Voilà pourquoi Pelecanos est un très grand écrivain. Pas un écrivain de roman policier de gare. Pas de happy end ici. Pas de super héros médaillé. Juste la décrépitude d’une société en mal de vivre et en manque de repères.
Il faut lire ce livre. Il faut lire une fois un roman de George Pelecanos. Celui-ci ou « Suave comme l’éternité », "Blanc comme neige", « Soul Circus »…
"Les jardins de la mort" chez Seuil Policiers, 370 pages, 22€
Lignes de faille, Nancy Huston
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Roman français, ♥♥♥ Très Bien
La première page du roman présente un arbre généalogique avec, tout en bas, le prénom de Sol. Puis ses parents, ses grands-parents et enfin ses arrières-grands-parents. Voilà la clé du roman : la ligne généalogique qui recèle des failles invisibles à l'oeil nu tellement elles sont profondes.
L'histoire débute en 2004 avec le petit Sol, 6 ans. Puis Nancy Houston fait des sauts dans le temps d'enfance en enfance jusqu'aux années 1940. On suit la ligne depuis San Francisco jusqu'à Munich, en passant par Toronto, Haïfa et New York. On suit aussi la "tâche" qui se transmet de génération en génération sur différentes parties du corps. La parole donnée à ces enfants révèle les stigmates du passé de plus en plus liés à l'histoire, de plus en plus liés au nazisme...La petite histoire rencontre le grande.
Ingénieuse idée que de faire parler les enfants : avec des mots simples, de l'innocence et de l'incrédulité, leur ressenti met crûment à jour les souffrances du monde des adultes, souffrances qui ne sont jamais sans conséquences sur les générations à venir...
"Je tiens la main de m'man, sa main est avec moi à New York mais sa tête sillonne encore la planète : sans même nous demander comment on va, elle se met à parler à toute berzingue. Sa voix ne promet rien de bon alors je laisse les mots se produire là-haut, au niveau de la bouche des grandes personnes, pendant que moi je reste près du sol à étudier les milliers de pieds qui courent dans tous les sens. Je pense à ce qui se passerait si une bombe était lâchée sur JFK et que tous ces gens étaient soudain morts ou démembrés en train de patauger dans des flaques de sang. Ma chauve-souris me dit de monter le son des avions bombardiers le plus possible dans ma tête..."
Somptueux roman où on passe du rire aux larmes, en passant par la gène voire le dégoût (certaines scènes sont assez.... hum... crues, on va dire). Le style narratif est si bien maîtrisé que, sans en avoir l'air, doucement, presque sournoisement, Nancy Houston traite des sujets aussi délicats que le nazisme, l'homosexualité, l'alcoolisme, l'éducation... A lire absolument donc!
"Lignes de faille" chez Actes Sud collection Babel N°841, 485 pages, 9.50€
Himalayistes, Gilles Modica
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Voyageur et écrivain, ♥♥♥ Très Bien J'en suis consciente. Ce billet risque de ne pas intéresser beaucoup de personnes (déjà vous êtes en train de lire les premières, ce qui est plutôt pas mal!). Petit calcul rapide : J'ai en moyenne 5 visites quotidiennes sur le blog (dont moi !) ; à ces 4, j'en enlève 2 que je connais bien et pour qui l'histoire de la conquête de l'Himalaya est aussi attirante que celle du moteur à explosions. Reste donc 2 personnes. La probabilité qu'une de ces 2 personnes soit un "montagneux" doit frôler le zéro. Donc, j'en conclus que d'ici 6 mois, je peux espérer tomber sur ce montagnard tombé probablement sur ce blog par erreur. Alors c'est à toi que je m'adresse, un billet rien que pour toi !
Gille Modica a écrit 24 scènes et portraits d'hommes (connus ou méconnus) qui ont crée la légende de l'Himalaya. 24 histoires passionnantes qui mettent l'altitude au centre de ces conquêtes. Plus on monte, plus l'oxygène se raréfie... c'est la loi. Mais les hommes ne sont pas égaux face à cette loi et ses effets.
A 8000 mètres, l'altitude exacerbe la personnalité de ces alpinistes parfois trop avides d'héroisme. Difficile de savoir comment ils vont réagir mentalement à cette haute altitude. Certains souffrent de l'ivresse des hauteurs (comme celle des profondeurs), parfois fatale. D'autres, au contraire, sont pris de terribles crises d'angoisses. L'inconscience que l'altitude provoque aux alentours de 8000, baptisée "zone de la mort", pousse certains à se laisser mourir, avec ou sans souffrances selon le degré d'insouciance.
"Himalayistes", c'est 24 histoires de froid, de peur, de faim, d'amitié, de compétition, d'oxygène, de vent, de mort et de joie. Superbe !
"Himalayistes" chez Glénat, collection Hommes et Montagnes, 224 pages, 25 €.

C'était hier soir : 1h30 (un peu court certes...) de pur bonheur. Onze ans (un peu long par contre...) après le sortie de leur deuxième album "Portishead", ils sont enfin sur scène avec leur troisième album "Third". La fantomatique et mélancolique Beth Gibbons a une voix incroyable, unique. Ses interprétations de Roads et de Wandering Stars (basse, guitare, voix) étaient particulièrement bluffantes et envoutantes. Un très bon concert !
Voilà la setlist qui était, je trouve, un bon équilibre entre les anciens albums et Third :
01: Silence
02: Hunter
03: Mysterons
04: The Rip
05: Glory Box
06: Numb
07: Magic Doors
08: Wandering Stars
09: Machine Gun
10: Over
11: Sour Times
12: Nylon Smile
13: Cowboys
14: Threads
15: Roads
16: We carry on
02: Hunter
03: Mysterons
04: The Rip
05: Glory Box
06: Numb
07: Magic Doors
08: Wandering Stars
09: Machine Gun
10: Over
11: Sour Times
12: Nylon Smile
13: Cowboys
14: Threads
15: Roads
16: We carry on
Et un extrait vidéo de Magic Doors pas mal du tout :
Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, Mathias Malzieu
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Inclassable, Genre : Roman français, ♥♥ Bien Bien Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi"... Toi, c'est sa mère. La mère de Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos. Elle vient de mourir. Pour l'aider à se defaire d'une tristesse qu'il ne le quitte plus, Giant Jack, un géant de 4.50 mètres, docteur en ombrologie, vient à sa rescousse. Il l'embarque dans un monde onirique et infantile où il est possible de décrocher la lune et les étoiles, croiser des fantômes qui se nourrissent de nuages et où animaux et arbres donnent des concerts pendant la nuit.
Au-delà de la fantaisie, Jack est là pour l'accompagner dans sa douloureuse confrontation avec la mort : "... lis, rêve, repose-toi, amuse-toi même si cela te parait aussi impossible que le jour où tu as essayé de faire ton premier accord de guitare. Tout va te paraître dérisoire, mais n'abandonne rien. Ne cède rien au désespoir! Utilise tes rêves.. Et si tu es triste à mourir, c'est normal, assume-le."
Un récit touchant où chaque mot semble avoir été pensé à l'image d'un texte de chanson. Les phrases, souvent courtes, sont cinglantes et poétiques, douces et amères, à l'image de l'auteur perdu entre le rêve et la dure réalité.
Pour aller plus loin : une interview de Mathias Malzieu réalisée par Sandrine Vendel, Oui FM
Sandrine Vendel : Comment est-ce que tu résumerais ce roman ? C'est l'histoire d'un jeune homme dont on ne sait pas très bien qui il est, dont on ne connaît pas vraiment l'âge et qui s'est créé un monde imaginaire et un géant pour continuer à vivre après le décès de sa maman, mais encore ?
Mathias Malzieu : En fait c'est complètement autobiographique. Quand j'ai perdu ma mère, j'ai commencé à rêver à des choses. D'ailleurs, j'ai toujours fait ça dans la vie quand j'avais un problème. Je me suis toujours sorti de toutes les situations, plus ou moins difficiles, en ayant beaucoup de rêves et en essayant de les réaliser. Donc, quand ce deuil est arrivé, ça s'est complètement exacerbé. J'avais déjà commencé à écrire un roman, plusieurs choses étaient en préparation. Avec ce deuil, tout a volé en éclats dans ma vie. Je n'ai pas essayé de le cacher. Je me suis dit : " Je vais juste essayer de faire ce qui me tiens le plus à cœur. Je vais utiliser cette matière négative en faisant l'alchimiste ou le magicien et la transformer, peut-être en quelque chose de mélancolique, mais en tout cas en quelque chose de beau à raconter. "
Sandrine Vendel : Pourquoi un géant pour te venir en aide ?
Mathias Malzieu : Quand on est dans le deuil, souvent les gens te disent : "Fais-toi des cadeaux, fais ce que tu aimes faire pour te remonter le moral". Moi, je me suis dit : "Je vais me faire un personnage et dedans, ce sera comme un placard dans lequel tu mets tous les trucs que tu aimes. Il n'y aura que les livres que tu aimes, les disques que tu aimes, les amis, les héros que tu aimes et les plats que tu adores." Je l'ai façonné comme cela, avec un semblant de voix de Tom Waits, avec un peu de mon papa, avec certains de mes amis proches. J'ai mis dedans tout ce qui me faisait du bien, comme dans une poupée russe. Au bout d'un moment, je me suis dit : "Mais, il va commencé à être gros ce bonhomme". Voilà comment j'ai commencé à penser à un géant. En plus, comme je suis plutôt petit - 1m66 pour un garçon des années 2000 c'est quand même pas énorme - je trouvais ça rigolo d'avoir un géant qui s'occupe de moi. Et puis, quand tu perds ta mère, tu es obligé de grandir d'un coup. Il y a donc tout un côté contrasté entre grandir et rapetisser. Quand tu perds quelqu'un de très proche, le corps n'est plus à la bonne place, c'est comme une bombe qui a explosé, tout est en ruine, tout est par terre et il faut tout reconstruire.
"Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi" chez Flammarion, 169 pages, 15 €
"Un jour sur Terre" est un véritable petit bijou à voir absolument. Cette gigantesque production de la BBC (5 années de tournages avec 40 équipes dans 21 pays différents) nous emmène de l'Arctique à l'Antarctique, en passant par l'Equateur, l'Himalaya, la toundra russe... La caméra Cinéflex d'Alaster Fothergill livre un flot d'images époustouflantes et attendrissantes mais aussi dures, sans jamais être cruelles. Véritable ode à notre planète, le film se veut être aussi le portrait d'une planète qui ne devrait plus avoir le même visage dans quelques années...
"Un Jour sur Terre", Gaumont DVD, Tous publics, 19 €

Théo fête ce soir-là ces 20 ans avec sa copine Estelle, son frère Niels, sa mère Moussia, son père Luc, sa grand mère Nina, une amie d'enfance Marina et son fils Arthur, et un couple d'amis Fleur et Claude. Tout le monde s'attable pour jouer au jeu "Caractères", un nasty game pour les bilingues, une sorte de jeu de la vérité "fortement déconseillé aux personnes susceptibles". L'idée amuse tout le monde, ou presque. Personne ne tient compte de la mise en garde. Et, ils s'embarquent tous dans un terrible strip-tease psychologique qui n'épargnera aucun d'eux. Les révélations et vexations fusent, les secrets de familles jaillissent, les rancoeurs ressortent... "Essayez de pointer le nez d'un ami sur son défaut le plus criant (...) il vous en veut déjà", n'est-ce pas?. Autour de la table, les paroles des "autres" restent, pénetrent et s'incrustent au plus profond de chacun des personnages.
L'auteur décortique en trois temps cette plongée dans l'intime en empruntant trois styles littéraires : D'abord le monologue, "les choses pensées", puis le dialogue, "les choses dites" et enfin le roman, "les choses rapportées". L'exercice est original et plutôt efficace. Il est clair qu'on n'est pas ce qu'on dit être, qu'on ne pense pas non plus toujours ce qu'on dit...
Les trois parties mettent en scène le jeu de miroir, d'ombre et de lumières des uns et des autres, des uns avec les autres, des uns contre les autres : "Les mots s'agitent inutilement entre nous. Ceux que nous osons dire. Ceux que nous gardons pour nous. Ils sont tous là. Nous les avons sur le bout de la langue, au bord des lèvres, derrière la paroi du front, dans la tête. Souvent nous les avons déjà dits et nous les répétons. ils ne s'usent pas, ils gardent leur pouvoir de transformer, de blesser, ou d'illuminer".
Les monologues du premier chapitre sont particulièrement bouleversants et captivants. Les tergiversations de chacun des protagonistes sont, j'en suis sure, celles de nous tous. Le regard et le jugement des autres sur nous n'est qu'une déduction faite à partir de peu comparé à la complexité et la multitude des sentiments qui nous habitent. Nous devons Être et Paraître aux autres chaque jour, et ce n'est pas sans douleur ni sans courage: "La vérité de soi, ou d'un moment de vie que l'on traverse, on ne la donne qu'à la demande".
Alice Ferney aurait du s'arrêter là. Les dialogues de la deuxième partie sont trop froids, trop emportés. La troisième partie, même si elle apporte aussi son lot d'émotions, souffre de la redondance et des redites de l'histoire .
Et, il y a ces phrases qui sont restées un véritable mystère pour moi ( bien se concentrer avant de lire) : "Sommes-nous seulement ce que les autres font de nous en étant avec nous ce qu'ils sont que nous faisons d'eux ?"... Si quelqu'un comprend quelque chose, je suis preneuse d'une explication.
En résumé : une première partie magnifique, bouleversante. Le reste un ton en-dessous.
Les Autres Chez Actes Sud, collection Babel N°857, 440 pages, 9,50 €
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