Pour l'histoire, je vous donne la quatrième de couverture : "A Kiev, Victor tente péniblement de survivre. Journaliste au chômage, il a adopté Micha, un pingouin dépressif, rescapé du zoo. Lorsqu'un patron de presse propose à Victor de préparer des nécrologies de personnalités encore en vie, Victor saute sur l'occasion. Mais voilà que ces personnes se mettent à disparaître à une vitesse alarmante... Crimes commandités par la mafia ou règlements de comptes politiques?". Voilà probablement les seules lignes un minimum captivantes. Je dis probablement car j'ai calé à 92ème page. Micha m' a laissé de glace.
Conseillez-le à ce collègue de boulot que vous ne supportez plus et qui vous a posé la question : " Je pars à l'ile Maurice, qu'est-ce-que tu me conseilles comme lecture sympa?". Vous pouvez être sûr que vous lui gacherez sa lecture sous les cocotiers.
Pour un avis aussi négatif que le mien mais plus étoffé : c'est ici.
"Le pingouin" chez Points P842, 267 pages, 7€
Ça va être très difficile de disserter sur ce livre. J'ai presque envie d'écrire une seule chose : à lire absolument.
Je tente quand même.
C'est une autobiographie sans "je". C'est l'histoire de sa vie mais aussi celle de notre société. L'histoire de sa mémoire et de notre mémoire collective.
A partir de quelques unes de ses photos, elle balaie depuis les années 40 jusqu'à aujourd'hui le temps qui a passé en nous emportant dans un tourbillon d'évènements, d'objets, de publicité, de livres et de personnages de ces décennies : "... les TUC pour les jeunes, l'élégant Fabius mouché à la télé par Chirac, Jaruzelski en lunettes noires de mafioso reçu à l'Elysée, le sabotage du Rainbow Warrior, le gouvernement de gauche paraissait agir mal à propos en toutes circonstances. Même la prise d'otages au Liban, dans un conflit auquel on ne comprenait rien, tombait mal, l'injonction chaque soir de ne pas oublier que Jean-Paul Kaufmann, Michel Carton et Marcel Fontaine étaient toujours otages agaçait, qu'est-ce qu'on pouvait faire. ... Nous étions dans le navrement. Tous les soirs en écoutant Pierre Desproges terminer sa Chronique de la haine ordinaire par "quant au mois de mars, je le dis sans arrière-pensée-politique, ça m'étonnerait qu'il passe l'hiver", on entendait que c'était la gauche qui ne passerait pas l'hiver".
Avec une émotion maîtrisée, elle passe de l'histoire de la vie qui l'entoure à sa vie : l'adolescente, l'épouse, la mère et la grand-mère. Elle nous livre ses joies et ses doutes mais sans nostalgie aucune.
"Les années" fait partie de ses livres qui vous donnent un sourire béa (mais ridicule dans le métro) à chaque paragraphe, et qui ramènent sans cesse à votre histoire. Vaste programme...
Bref : lisez-le.
"Les années" chez Gallimard, 245 pages, 17 €.
Le Tibet sans peine, Pierre Jourde
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Voyageur et écrivain, ♥♥ Bien Bien En fait, il n'est pas réellement question du Tibet mais du Zanskar et Ladakh, contrées nichées dans l'Himalaya indien où les vallées, perchées à 3500 mètres d'altitude, sont isolées pendant les huit mois que dure leur hiver. Cette région est surnommée le "Petit Tibet" puisqu'une grande majorité des réfugiés tibétains de l'insurrection chinoise y vit.
"Le Tibet sans peine" relate les trois périples que Pierre Jourde effectue dans cet Himalaya austère inchangé depuis des siècles avec un équipement plus que minimal. Nous sommes dans les années 80 : les cartes sont trop souvent fausses, les refuges inexistants et les touristes rares. C'est donc un Zanskar et un Ladakh bruts, encore loin de l'hyper-médiatisation qu'ils ont pu connaître depuis, que l'auteur arpente. Les paysages y sont exceptionnels, uniques : "une orgie de spectaculaire ; un spectacle que je croyais réservé à la fiction ou à des récits de voyages désuets sur le Tibet.
Pierre Jourde sort rapidement du traditionnel récit sportif pour y insérer un ton cocasse et humoristique très surprenant. Notamment quand il évoque à plusieurs reprises le fameux "Tintin au Tibet" : "En ce moment même nous vivons l'épisode où, ayant dû marcher sans relâche à la suite de la destruction de la tente par l'éternuement du capitaine Haddock...". Ou bien encore quand il traduit les panneaux de signalisation indiens pour inciter les conducteurs à lever le pied : "Ralentissez : Il reste des places au ciel" , "Mieux vaut tard que jamais". Sans oublier sa méthode-pour-épater-la-galerie-d'un-dîner : "Dès qu'un silence s'installe, il suffit de lâcher, le plus discrètement possible, à la manière de quelqu'un qui n'y attache pas autrement d'importance : "Lorsque j'ai traversé l'Himalaya..." pour assurer une certaine considération."
L'auteur joue aussi avec les clichés qui nous envahissent, rappelant notre ignorance : "Ce n'était pas un pays, c'était un parc d'attractions, un train fantôme. Manquaient le yéti, le dragon, les génies gardiens...".
Pierre Jourde a vu un "Petit Tibet" qui n'existe plus de la même façon aujourd'hui. Tout aussi beau et inoubliable, mais, différent. Il ne serait pas imaginable aujourd'hui de passer la porte des lamaseries juste pour y recevoir le gîte et le couvert. Ses trois voyages si rapprochés n'étaient-ils pas une course contre la peur de ne pas revoir ce pays si majestueux comme il l'avait laissé ? Très certainement et il a eu raison. Et pour faire une transition avec l'actualité, page 116 :"L'Occident aura aussi efficacement anéanti cette culture par la curiosité que, de l'autre côté de la frontière, la Chine par l'oppression."
Merci pour ce voyage Mr Jourde. Ces 120 pages m'ont ramenées sur ces sentiers que je n'oublierai jamais où la beauté est parfaite, moi, qui me suis malheureusement reconnue dans ceux que vous qualifiez de "Raid Nouvelles Frontières",envahisseurs des "confins" du Ladakh. Un regret : que votre récit soit si court. J'en redemande.
Le Tibet sans peine, Gallimard, 120 pages, 11.90€
Enfin le voilà ! C'est le jour de sa sortie : je cours à la Fnac entre deux rendez-vous. Le trouve en tête de gondole évidemment. Le range précieusement dans mon sac et compte les heures jusqu'au moment où je vais pouvoir m'asseoir dans l'avion pour lire. "VMC aux portes, Armez le toboggan, Vérification porte opposée". Décollage. Découvre enfin les premières lignes de La Consolante.
Il faut dire que cela presque 4 ans qu'il était attendu ce bouquin. 4 ans depuis le merveilleux "Ensemble, c'est tout" (vendu à plus de 2 millions d'exemplaires).
Voici Charles, bientôt la cinquantaine, architecte, parce qu"il aime bien comprendre comment les édifices tiennent debout". Il vit laborieusement avec une femme élégante et mondaine dans un appartement digne de Elle Déco. Elève sa fille, Mathilde, une adolescente caustique et touchante mais qui comme sa mère l'aime un peu plus quand il compose son code de carte bleue. Les voyages répétés aux quatre coins du monde l'usent ; ne supporte plus les décalages horaires. Se poser à Paris ? non, surement pas. Il fuit sa vie avec cette femme parfaite, trop belle pour lui, dans son appartement parfait, trop grand pour lui.
La famille? pas mieux : "Le petit banquet. Le dîner du samedi soir chez des gens bien élevés où tout le monde joue sa partition avec vaillance. Le service du mariage, les affreux porte-couteaux en forme de basset, le verre qui tombe,..., les débats sur les débats télévisés, les trente-cinq heures, la France qui fout le camp, les impôts que l'on paie et le radar qu'on avait pas vu venir, le méchant qui dit que les arabes font trop d'enfants et la gentille qui dit qu'il ne faut pas généraliser, la maîtresse de maison qui assure que c'est trop cuit pour le plaisir d'être contredite et le patriarche qui s'inquiète de la température du vin. Allez... Je vous épargne tout ça. Vous les connaissez par coeur, ces parenthèses chaleureuses et toujours un peu déprimantes que l'on appelle la famille et qui vous remémorent de temps à autre comme il est court le chemin parcouru..."
Et puis un jour une lettre et quelques mots qui font tout basculer. Anouk est morte. Elle était la mère d'Alexis, son meilleur ami d'enfance. Les souvenirs de sa jeunesse oubliée lui reviennent en pleine figure, tel un boomerang.
Anouk, il l'a aimée. Elle était tout ce que n'est pas sa femme. Libre, entière, imprévisible, elle "se comportait comme une enfant souvent. Se roulait en boule au milieu de leurs Meccanos... Boudait quand c'était l'heure des devoirs..." Et elle sauvait des gens. Pas seulement à l'hôpital où elle était infirmière. Des amochés qu'elle ramassait et reconstruisait comme Nounou. Charles, gamin, était heureux de s'échapper de sa "sainte famille" pour venir respirer la liberté chez elle, au milieu d'un foutoir sans nom.
Comment aujourd'hui a-t-il pu oublier cette liberté de vivre? Il part donc sur les traces de son passé espérant y trouver un moyen de se réconcilier avec la vie, avec la sienne surtout.
Je l'avoue : passer le cap des 300 premières pages n'est pas une sinécure. Beaucoup d'entre vous vont être déçus. J'ai failli refermer définitivement le livre plus d'une fois. Le début est long (très long), touffu et embrouillé. Sans parler des phrases sans pronom plus qu'agaçantes : un caprice d'écrivain best-seller? Dommage parce que c'était la simplicité des mots et des phrases qui avait mon bonheur dans "Ensemble, c'est tout".
A la page 350, Charles croise le chemin de l'anglaise Kate, une autre Anouk, vivante celle-là. Enfin le roman prend de l'ampleur. C'est une amochée qui vit avec cinq enfants, dix chats, six chiens, trois chevaux, un lama, des poules, des canards.... Anti-héroïne attachante et incongrue : un personnage gavaldien, enfin ! Mais pas de mélo : "le bonheur ennuie le lecteur. un tue l'amour".
L'auteur, comme au début du récit interpelle le lecteur, le fait participer. On retrouve l'humour et la drôlerie de Anna Gavalda au milieu d'un récit bien noir. Mais ça arrive trop tard. Kate et ses enfants aussi. Dommage.
D'autres critiques intéressantes :
Même avis mitigé: Philippe (au jour le jour et qui, dit-il, patauge dans la choucroute en ce moment) et Cuné
Une lectrice emballée (il y en a) : Cathulu
La Consolante d'Anna Gavalda, Edition Le Dilettante, 640 pages, 25 €
La première phrase de cet ouvrage inclassable donne le
ton : "Une encyclopédie ? Une anthologie ? Un pot-pourri ? Un amphigourri ? Un florilège ? Un almanach ? Un compendium ? Un vade-mecum ? Eh bien oui, Les miscellanées de Mr Schott sont tout cela. Et bien davantage". Un gloubi-boulga de données scientifiques, littéraires, astronomiques, astrologiques, culinaires, historiques etc...aussi souvent futiles qu'inutiles. Ca frôle parfois le délire.
Exemple :
- la liste des jours où hisser l'Union Jack.
- les surnoms des clubs de football.
- une liste des gauchers célèbres (César, Pelé, Hendrix, Napoléon, Bill Gates...)
- la traduction du nom des sushis (Masu = truite ; kappa = concombre...)
- les proverbes météorologiques (Bruine obscure trois jours dure...)
- les phobies (vous avez peur du nombre 13, vous êtes triskaïdékaphobe et vous avez peur d'être constipé, vous êtes apophathodiaphulatophobe....)
- la liste des maris de Liz Talor.
On ne lit pas Les miscellanées, on les zappe d'une page à l'autre, toujours le sourire en coin. De l'humour à l'anglaise comme je l'adore. Un petit bijou.
La place idéal de ce recueil ? les toilettes.
Pour aller plus loin :
Ce livre est un best-seller en Angleterre. Il a été traduit en une quinzaine de langues. Ben Schott a depuis décliné le modèle : miscellanées sur la nourriture, le sport...(a priori pas encore traduits à ce jour en français).
L'auteur, d'une trentaine d'années, est diplômé de Cambridge. Il a travaillé dans la publicité pendant quelques années. En 2002, il arrête tout ne supportant plus ce milieu et se lance dans l'écriture (tiens, ça me rappelle quelqu'un...). Coup d'essai et coup de maître. Aujourd'hui la sortie de chacun de ses livres est, paradoxalement, soutenue par appui marketing assez impressionnant. D'ailleurs, le "packaging" du livre a été particulièrement travaillé : typographie sophistiquée, papier et reliures de grandes qualités, dessins et gravures à l'ancienne. Finalement il semblerait que la pub ait ses bon côtés...
Je vous conseille d'ailleurs d'aller faire un tour sur son site
"Les miscellanées de Mr. Schott", Editions Allia, 160 pages, 15 €.
La mécanique du coeur, Mathias Malzieu
Publié par Anna Blume Libellés : Genre: Conte français musical, ♥♥♥ Très BienEdimbourg, 1874. C'est le jour le plus froid de l'année que Jack est venu au monde. Il fait si froid que son coeur reste gelé. La sage-femme Madeleine, la sorcière du village qui fait sortir les gens du ventre des putes mais qui adore aussi réparer les gens, lui greffe une horloge avec un coucou à la place du coeur défaillant.
Tic-Tac. Bo-boum. Tic-Tac. Bo-boum.....
Seulement, pour rester en vie, Jack va devoir : remonter l'horloge chaque jour, ne jamais toucher ses aiguilles, maîtriser ses colères et surtout ne jamais tomber amoureux. Mais, le jour de son dixième anniversaire, il succombe au charme d'une petite chanteuse de rue, Miss Acacia. Jack n'a plus qu'une idée en tête : la retrouver coûte que coûte.
Commence alors un road-movie depuis l'Irlande jusqu'en Andalousie "pays où les paysages se dessinent comme des spaghettis western" au cours duquel ce drôle de Pinocchio croise des personnages étranges et amochés par la vie comme Jack l'Eventreur ou bien encore un mystérieux prestidigitateur dépressif Méliès, une collectionneuse de larmes qui se réconforte en les buvant...
Mais les accidents d'amour, ou plutôt "la sorcellerie rose", que va rencontrer Jack vont avoir raison de la fragile mécanique de son coeur...
Ce conte moderne, merveilleusement poétique et fantaisiste, un soupçon coquin et humouristique (on y croise un hamster nommé Cunnilungus) nous plonge dans un univers fantastique à la fois sombre et chaleureux avec le même talent que Tim Burton dans "L'étrange Nöel de Mister Jack" et "Les noces funèbres" (la couverture du livre présente d'ailleurs de nombreuses similitudes avec les affiches de ces films).
J'ai été très émue à la lecture de ce livre servi par une écriture simple mais de toute beauté. Chaque page offre sa part de fantaisie, de magie et d'humour. A travers ce petit Jack, en danger de vie et de mort sans amour, Mathias Malzieu, chanteur et leader du groupe Dionysos, aborde subtilement et féeriquement le thème de la passion amoureuse et de ses affres, des dégats qu'elle provoque sur un coeur trop faible et enfin le douloureux problème de la différence et du rejet. Sans niaiserie et avec beaucoup de pudeur.Un très bon moment de lecture.
Pour aller plus loin :
Comme pour leur album " Monster In love" et le roman " Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi" (Flammarion ) , le groupe Dionysos a choisi de sortir un diptyque CD/Conte. L'album " La mécanique du coeur", chante à la façon pop-folk l'histoire de Jack et miss Acacia. Le casting est prestigieux : Emily Loizeau, Arthur H, Olivia Ruiz, Jean Rochefort, Rossy de Palma, Grands Corps Malade, Alain Bashung et Eric Cantona (oui!). Le résultat est tout aussi enchanteur que le livre.
Parce que les Inrocks en parlent mieux que moi : cliquez
Je ne peux m'empêcher de vous présenter un extrait de "L'étrange Noël de Mister Jack" de Tim Burton
"La mécanique du coeur", Mathias Malzieu, 178 pages chez Flammarion, 17 €
"La mécanique du coeur", Barclay
Le maître des âmes, Irène Némirovsky
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Roman français, ♥♥♥ Très BienNice, 1920. Dario Asfar, jeune médecin juif, né en Crimée "de sang grec et italien", lutte chaque jour pour que sa femme et son jeune garçon puissent manger à leur faim. Dario ne boucle pas ses fins de mois, ni même ces journées d'ailleurs. Il rêve de sortir lui et sa famille de "la boue" et leur offrir une vie bourgeoise et aisée. Seulement, dans cette France de l'entre-deux guerres, il est difficile d'être juif : un sénateur parle du peuple juif comme "d'une invasion de métèques de deuxième zone, exténués et pleins de vermine, qui ont fondu sur Paris par centaines de mille"*. Il souffre d'être juste un étranger aux yeux des français, lui qui rêvait de faire carrière honorable : "Comment voulez-vous que je vive?... Ici, je ne soigne que des Russes. je ne connais que des émigrés affamés. Pas un français ne m'appelle. Personne n'a confiance en moi. C'est ma figure, mon accent, je ne sais quoi... J'ai un diplôme de médecin français, l'habitude de la France, j'ai acquis la nationalité française, mais on me traite en étranger, et je me sens étranger."
Alors un jour où il est plus affamé qu'un autre, il accepte de pratiquer avortement clandestin. C'est le début d'un macabre engrenage. Il finit par se faire un nom en devenant un véritable charlatan psychanalyste (ou psychanalyste charlatan ) auprès de la clientèle bourgeoise de Nice prête à payer des sommes astronomiques pour s'allonger sur son divan. Je vous laisse découvrir la suite...
Roman paru en 1939 sous forme de nouvelles dans la revue Gringoire, "Le maître des âmes" dépeint une bourgeoisie française stupide et fourbe, qui n'a qu'une préoccupation : son paraître. Dario sera sans scrupule avec elle. Il n'est plus un bon ni même un méchant mais les deux à la fois : il est tour-à-tour détestable et touchant. Son obsession pour l'argent est méprisable, son combat pour protéger sa famille du besoin plus que louable. Mais tout au long du livre, je ne savais plus si il fallait le plaindre ou le détester. Irène Némirovsky, fabuleuse auteure qui m'avait mis la larme à l'oeil avec "Suite Française", a une écriture fluide, simple et très efficace. Très vite j'ai été brusquée, derangée par Dario et l'ensemble des personnages de ce roman. Dérangée par ce personnage obsédé par le pouvoir de l'argent mais aussi par le bien-être de sa famille. Il est prêt à tout pour assurer un avenir confortable à son fils (comme tout un chacun) mais pour cela, il va loin, trop loin. Tel un chasseur, il guette sa proie derrière un buisson...La célèbre phrase de Thomas Hobbes : "L'homme est un loup pour l'homme " résume à merveille ce magnifique roman.
Véritable satire de la bourgeoisie (et de la psychanalyse?) , ce marchand d'âmes nous pousse à la reflexion sur des tas de questions toujours actuelles : l'argent, l'éducation, la fidélité, la reussite, la xénophobie, l'antisémitisme....Toutes les raisons de lire de roman sont là. C'est encore du grand NEMIROVSKY.
"Une suite française", Folio 4346, prix Renaudot
Pour aller plus loin :

Irène Némirovsky est la fille d'un riche banquier juif ukrainien élévée par sa gouvernante française
Elle devient célèbre en 1929, dès la publication de son deuxième roman, David Golder. Son éditeur, Bernard Grasset, la projette aussitôt dans les salons et milieux littéraires français. Elle y rencontre notamment Paul Morand, qui publiera chez Gallimard quatre de ses nouvelles sous le titre de Films parlés. David Golder est adapté en 1930 au théâtre et au cinéma (David Golder est interprété par Harry Baur). De succès en succès, Irène Némirovsky devient une égérie littéraire, amie de Tristan Bernard et Henri de Régnier.
En 1933, elle délaisse Grasset pour Albin Michel et commence à publier des nouvelles dans Gringoire (pamphlétaire qui se radicalise en 1936). L'hebdo dans les années 30 est très apprécié des mileux de l'extrême droite roumaine. IL approuve les accords de Munich, critique l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne, soutient Pétain.
Irène Némirovsky demande sa naturalisation française en 1935 qui lui a été refusée. Elle se convertie au catholicisme en 1939 mais subira quand même les lois antisémites promulguées en 1940 par Vichy. Elle sera déportée à Auschwitz pour y mourir du typhus.
Ses deux filles sauvent quelques documents, puis sont placées sous la tutelle d'Albin Michel et Robert Esmenard (qui dirigea la maison d'édition) jusqu'à leur majorité. Elles se cachent pendant la guerre emportant avec elles les manuscrits inédits de leur mère, dont le fabuleux "La suite française" (que je recommande vivement).
Le décor : L'Islande quelques jours avant Nöel dans un hôtel luxueux. Les faits : le portier, déguisé en Père-Nöel, a été tué de plusieurs coups de couteau dans un cagibi qui semblait lui servir de chambre au sous-sol de l'hôtel. Le directeur de l'établissement, soucieux de sa réputation, fait appel au commissaire Erlendur pour enquêter le plus discrètement possible.
J'avais été très agréablement surprise par "Une femme en vert" du même auteur(Collection Points Policier) que j'avais trouvé surprenant ce qui est loin d'être facile quand on propose un polar aujourd'hui (je vous incite à le lire d'ailleurs...).
Par contre, je suis plus que déçue par cette nouvelle enquête d'Erlendur. Certes le personnage du commissaire est toujours aussi touchant. Oui, c'est vrai, les clients et autres personnages qui passent au bar de l'hôtel sont hauts en couleur. Mais à part ça, je n'ai pas retrouvé la profondeur d' "Une femme en vert".
"La Voix " est à lire sur la plage, un lendemain de soirée arrosée.
Mais c'est sans rancune : j'attaque "La cité de jarres". A suivre...
La Voix, Collection Points Policier 1831, 400 pages, 8 €.
Vingt-Quatre Heures d'une Femme Sensible, Constance de Salm
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Roman français, ♥♥♥ Très BienCet unique roman de Constance de Salm publié en 1824 est tout simplement sublime. Le récit, présenté sous forme épistolaire, retrace 24 heures d'une femme emportée par sa jalousie depuis qu'elle a vu partir son cher et tendre de l'opéra dans la même voiture qu'une autre femme.
Les quarante-trois lettres que l'héroïne écrit successivement à son amant dépeignent de façon déconcertante et admirable la violence de ses sentiments face à la jalousie qui l'emporte. Elle ne cesse de faire des allers et retours entre sa confiance et son désespoir, sa passion et sa raison.
C'est si justement écrit qu'on perçoit son visage marqué par le manque de sommeil et les larmes qui ne cessent de couler ; on voit sa main trembler quand elle écrit. Et, on souffre avec elle.
Ce petit joyau est, vous l'aurez compris, incontournable...
"N'as tu donc jamais éprouvé que le dernier mot que l'on se dit en se quittant laisse dans l'âme une impression qui dure jusqu'à ce que l'on se revoie? " (p. 16)
Edition Phébus, 190 pages, 10 €.
Pour aller plus loin :
Constance de Salm (1767-1845), féministe avant l'heure, tenait à Paris un salon de renom fréquenté notamment par Stendhal, Lafayette, Jussieu, Dumas fils. Claude Shopp, grand spécialiste d'Alexandre Dumas, a redécouvert ce roman en 1982 par hasard. L'histoire de ce roman n'est pas sans rappeler celle de "Inconnu à cette adresse" de Kathrine Kressmann Taylor, paru en 1938 et republié en 1999 par les éditions Autrement sans aucune publicité.
La malédiction d'Edgar, Marc DUGAIN
Publié par Anna Blume Libellés : Genre : Roman historique, ♥♥♥♥Coup de coeurJohn Edgar HOOVER : personnage emblématique à la tête du FBI pendant presque 50 ans. On ne sait pas qui il déteste le plus : les Kennedy, les communistes ou Martin Luther King (et les étrangers en général). Voilà les trois grands maux de l'Amérique de Hoover. Les trois fléaux qu'il s'attelle à combattre toute sa vie durant. Peu importe la méthode. Sa préférée ? le chantage. L'Amérique toute entière était sur écoute : chaque personnalité avait son dossier avec les détails les plus intimes de sa vie.
C'est ce personnage détestable et détesté, mégalo et alcoolique que Marc Dugain a choisi de dépeindre. Dès les premières pages, on est saisi, on frémit. Plus moyen de s'arrêter. Les dossiers les plus noirs de l'Amérique du XXe y passent : La baie des cochons, l'élection et l'assassinat de J.F Kennedy, la Mafia avec laquelle il entretient des rapports plus qu'ambigus, la mort de Marilyn Monroe, la chasse aux sorcières, Ethel et Julius Rosenberg... Les mythes tombent tous les uns après les autres. L'Amérique puritaine et glamour d'Hollywood s'efface au profit d'une Amérique où le crime organisé tire les ficelles du pouvoirs, les élections s'achètent et où on laisse les présidents se faire assassiner...
La lecture est passionnante, l'écriture efficace. On ne sait plus où est la ligne entre la réalité et la fiction. Ou plutôt on n'ose pas imaginer où elle se place tant le spectacle décrit est effrayant.
A lire absolument. Mon coup de coeur depuis le début de l'année.
La Malédiction d'Edgar, Folio N°4417
Parce que très souvent on me demande de conseiller des livres, parce que trop souvent j'ai envie de faire partager mes impressions après avoir lu la dernière page (quand je suis allée jusque là...) et de les confrontrer à d'autres lecteurs, j'ai décidé de me lancer dans ce blog. Tout ça par le biais de ma médiocre plume (clavier on dirait plutôt aujourd'hui) : une petite plume pour parler des grandes dont je suis admirative quelque soit leur époque et leur couleur. Vous y lirez donc aussi bien du Dumas que du Benaquista, en passant par Auster, Rufin, Ellroy, Littell et bien d'autres encore...Au plaisir de vous lire aussi.
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