Seule Venise, Claudie Gallay


A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C'est l'hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l'arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l'attente du désir et de l'autre. 

Idée incongrue que celle de se réfugier à Venise après que l'être qui vous était le plus cher vous ai quitté... C'est pourtant l'idée de départ de Seule Venise. Destination improbable à une période improbable aussi : l'hiver. Venise vide. Venise froide. Venise mélancolique. Venise à l'opposé du cliché. 

La narratrice erre et se perd dans les ruelles, mais aussi dans le dédales de ses sentiments, de son chagrin. Il l'a arrachée à la vie. Et pourtant, avec une finesse incroyable, Claudie Gallay va la faire renaître doucement dans ce milieu hostile. La ville va devenir chaleureuse et troublante. La vie plus joyeuse. Le désir plus ardent. Oui, il est possible à quarante ans de ressentir les émois des amours adolescentes. 
Encore une fois, l'auteur délivre un texte d'une rare beauté. La douceur règne. Les personnages sont travaillés comme de l'orfèvrerie. Comme Venise. A lire absolument.

"Je suis une solitaire. De la pire espèce. Celle des taupes. Une inadaptée. J'ai besoin de ma tanière, mon trou de terre.
Je reprends du café, une tasse pleine. Je la porte à mes lèvres. Je pense à vous. Le mariage n'a rien à voir avec l'amour. L'amour est ailleurs.
Brutal. Insensé. Hors de toute logique"

"Toujours, des hommes et des femmes se sont rencontrés à Venise. Toujours, des hommes et des femmes se sont aimés. Ont bravé le vent.
Je vous regarde.
Je ne vous connais pas. Je vous rencontre.
- Vous rougissez.
Je détourne la tête.
Vous souriez.
C'est à cause de ça.
Votre sourire. Et votre voix. J'ai aimé votre voix comme on aime un corps.
On regarde ailleurs. L'eau découvre les marches, le bois pourissant des pieux.
Avec les lumières, on voit à l'intérieur des palais. Les lustres éclairés.
- Les vénitiens sont là. Ils seront là jusqu'à la fin.
Vous aussi vous êtes là, je dis, mais pas suffisamment fort. Vous n'entendez pas."

Seule Venise aux Editions Babel, 300 pages, 8.50 €.

6 commentaires:

Aifelle a dit…

Il est dans ma PAL, en bonne position.

antigone a dit…

Un bon souvenir mais "les déferlantes" est plus abouti.

Anna Blume a dit…

Tu as raison Antigone, il est moins abouti mais reste un bel ouvrage.

keisha a dit…

Je viens de lire Les déferlantes et en cherchant un autre titre de Claudie Gallay, voilà ton article ! Je m'aperçois que le style reste semblable. Il faudra que j'essaie la lecture de Seule Venise.

Katell a dit…

Il est dans ma PAL!!!

Leiloona a dit…

Même si ce n'est pas mon préféré de Gallay, c'est avec ce livre que j'ai découvert cette romancière, et rien que pour ça, il a une place particulière en moi.
(Mais dire de ce livre que ce n'est pas mon préféré ne veut pas dire que je ne l'ai pas aimé. Loin de là.)

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