Dès la première page, le ton est donné : "Je me demandais dans le taxi si je n'étais pas trop habillée pour la soirée quand j'ai aperçu maman en train de fouiller dans une benne à ordures. Elle s'était entouré les épaules de chiffons pour se préserver de la fraîcheur printanière et faisait son choix dans la poubelle pendant que son chien, un terrier croisé noir et blanc, jouait à ses pieds. En dépit de ses cheveux gris emmêlés et de ses yeux creusés, elle me rappelait encore la mère de mon enfance, celle qui accomplissait des saut de l'ange du haut des falaises, peignait dans le désert et lisait Shakespeare à haute voix."
Jeannette Walls est une chroniqueuse mondaine connue du Tout New York. Elle a gardé le secret de son enfance jusqu'à ce fameux soir où elle aperçoit sa mère habillée comme une clocharde en train de fouiller dans une poubelle. Une enfance miséreuse mais pas malheureuse.
Ses parents, des marginaux amoureux des arts et des lettres, ont toujours fait fi du consumérisme exacerbé de la société américaine. Profondément égoïstes, ils ont laissé grandir seuls leurs enfants, plongés qu'ils étaient dans la poésie, la peinture mais aussi l'alcool...
Je disais miséreuse mais pas malheureuse car, certes, les enfants manquaient de tout mais pas de rêves ni de folies :
"J'avais cinq ans cette année-là. je me suis assise près de lui et nous avons regardé le ciel. Papa adorait parler des étoiles. Il nous expliquait leur mouvement de rotation dans le ciel nocturne pendant que la Terre tournait sur elle-même. Il nous enseignait à reconnaître les constellations et comment nous orienter par rapport à l'étoile Polaire. Toutes ces étoiles qui brillent, aimait-il souligner, c'est un plaisir particulier que peuvent s'offrir les gens comme nous qui vivent à l'écart, dans les régions désertiques. Les habitants des grandes villes prospères, ajoutait-il ont des appartement luxueux, mais l'air qu'ils respirent est si pollué qu'ils ne peuvent même pas voir les étoiles. il faudrait être fou pour vouloir être à leur place. " Tendre folie....
Ce père, un mathématicien raté, caresse le doux rêve de construire à ses enfants un château de verre dans le désert, là où la vie est la plus saine et la plus douce. Il travaille aussi à l'élaboration d'une nouvelle source d'énergie pour pouvoir réchauffer sa maison et ses enfants. Mais l'alcool noie tous ses projets, toute sa folie douce.
Témoignage saisissant et bouleversant, pudique et jamais misérabiliste. Plus d'une fois pendant la lecture j'ai eu du mal à croire que je lisais un témoignage tant la vie de cette gamine était décalée. Mais "Le château de verre" est avant tout une superbe déclaration d'amour d'une fille à son père, un amour inconditionnel, sans faille malgré la faim, le froid et l'alcool. Un homme hors de la société, du temps, à l'opposé de l'american dream, sans cesse à la recherche de la Beauté spirituelle. Un papa qui offre à sa fille pour Noël une étoile :
"Papa et moi nous sommes moqués de tous ces mômes qui croyaient au mythe du Père Noël et qui n'avaient eu que des jouets en plastique sans valeur.
- Dans bien des années, quand toute la camelote qu'ils ont eue sera cassée et depuis longtemps oubliée, a dit papa, vous aurez encore vos étoiles."
Le château de verre chez Robert Laffont, 373 pages.


12 commentaires:
J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre !
je pense qu'il fait l'unanimité, pour le moment :)
Un livre que j'ai vraiment envie de lire... juste le fait de recevoir des étoiles, je trouve ça vraiment beau comme image...
Tiens, intéressant !
Merci d'être passée, et bravo pour le blog !
A bientôt.
Je confirme pour l'unanimité, j'ai aussi été passionnée - interpellée - par cette lecture.
bon, je suppose que je devrai me résoudre à ajouter ce roman fort attrayant à ma LAL déjà surabondante ;)
Je garde de ce livre un merveilleux souvenir que je pourrais relire dans quelques années, sans aucun problème!
A bientôt!
Bonjour,
je cherche à vous joindre à propos d'une opération organisée par le site www.Chez-les-filles.com et une maison d'édition parisienne, pourriez-vous m'écrire à mon adresse violaine@chez-les-filles.com ?
Cordialement,
Violaine
J'ai détesté ce livre, je ne suis pas du tout rentrée dans l'histoire que je trouve peu crédible et trop sordide ! Je suis vraiment étonnée que ce livre plaise autant, cela me laisse perplexe !
Ah...Clochette, je suis d'accord avec toi! Je l'ai lu sans le détester mais sans m'y attacher,et j'ai eu l'impression que l'auteur elle-même était très détachée, comme si elle ne parlait pas vraiment d'elle. J'ai eu un peu de mal à y croire...
Clochette et Enna : je pense que le détachement de l'auteur est juste le résultat du détachement qu'elle devait avoir jeune pour avoir à avancer, non?
anna : peut-être, humainement c'est même sans doute comme ça qu'elle s'en sort, mais d'un point de vue littéraire ça ne m'a pas emballé...
Enregistrer un commentaire