La chambre aux échos, Richard Powers


Le premier roman que j'avais lu de Richard Powers, "Le temps où nous chantions", m'avait subjuguée. Je me suis donc ruée sur "La chambre aux échos" à sa sortie. Et pourtant, j'ai retardé de plusieurs semaines sa lecture. J'étais persuadée que j'allais être déçue. J'avais mis Richard Powers sur un pied d'Estale (avec quelques autres écrivains) et je ne voulais pas qu'il en descende. Réaction un peu stupide, certes, mais (et je pense que certain(e)s d'entre vous comprendront ça..) la lecture de ce livre m'avait tellement retournée que j'avais peur le charme soit rompu.

Et bien non. Rien de tout ça n'est arrivé. Ouf. Je viens de terminer La chambre aux échos et je suis toujours autant époustouflée par le talent de cet auteur. 

Ca commence presque banalement comme un roman policier assez noir. C'est d'ailleurs assez déroutant. L'action se situe au Nebraska. Mark Schulter, à la suite d'un accident de la route, se retrouve plonger dans le coma. Jusque là, rien d'exceptionnel sauf un petit mot trouvé sur sa table de chevet à l'hôpital a priori rédigé par un témoin anonyme de son accident qui lui a sauvé la vie et qui s'est évaporé dans la nature. 
A sa sortie du coma, Mark s'avère souffrir du syndrome de Capgras, déni paranoïaque de la réalité très singulier où tout en étant parfaitement capable de reconnaître la physionomie des visages familiers, le malade reste persuadé envers et contre tous que toutes les personnages de son entourage ont été remplacées par des sosies
Sa soeur, Karin, très touchée et complètement désemparée fait appel à un neurologue de renom de la côte ouest, le docteur Gérald Weber, auteur de best-seller de vulgarisation de médecine psychiatrique. A partir de là, le roman prend une toute autre tournure. De noir, le roman passe au genre métaphysique, philosophique, scientifique et écologique. 

A travers les personnages de Marc et Weber, Powers s'attaque intimement voire poétiquement (si si...) au cerveau de l'homme, dernier rempart scientifique de l'homme avant l'inhumain. Comment le cerveau édifie-t-il l'esprit? Existe-t-il vraiment un libre-arbitre? En quoi le moi consiste-t-il? Quelles sont les origines de la pensée? Des questions passionnantes que Powers sait aborder sans lasser ou désorienter le lecteur. Bien au contraire, il happe. 
Le personnage de Weber, très riche et passionnant, nous emmène aussi sur les thèmes du couple et de l'estime de soi. Au départ, il apparaît comme un homme fort avec une vie "parfaite", un couple "parfait", dans un coin des USA (la côte ouest)  "parfait". Mais, l'image est loin d'être le reflet de la réalité. Profondément torturé, Weber s'introspecte. Powers est alors captivant, rendant les méandres psychologiques de l'homme passionnant. 
Powers offre aussi des pages sur les grues et leur migration magnifiques, et, par le biais du personnage de Karin lance un appel de détresse écologique tout en subtilité.

Enfin, l'écrivain, très intéressé par les Etats-Unis post-11 septembre, a voulu faire du cas de Marc et de son syndrome de Capgras celui de cette Amérique  : "C'est une métaphore extrêmement souple...Du refus de la parentalité ou de la relation interpersonnelle qui ronge notre présent, par exemple, mais aussi du déni de l’Amérique de son lien pourtant si fort au reste du monde tout comme pour cet échec de l’humanité à accepter sa parenté avec le reste de la Création. En parodiant une vieille chanson, je dirais qu’on ne rejette que ceux que l’on aime. Vivre dans ce monde post 11 septembre est une expérience si proche en termes d’éloignement, de faux-semblants et de dédoublement : les choses les plus familières, les plus intimes sont devenues si étranges qu’on ne les reconnaît plus." What else?...

A lire, une interview très intéressante de l'auteur par Laurent Simon pour Zone Littéraire (dont est tiré le paragraphe précédent), c'est

Je n'ai pas (encore) trouvé d'avis négatif sur ce livre. 
Par contre, le billet de Cuné, aussi enthousiasmée que moi, est très intéressant. 

La chambre aux échos aux éditions Le Cherche Midi, 470 pages, 23 €

6 commentaires:

Karine a dit…

J'ai également été subjuguée par "Le temps où nous chantions" et je retarde cette lecture pour la même raison... un peu peur d'être déçue. Mais bon, tu m'encourages!

anna blume a dit…

Tu peux te lancer. Tu ne seras pas déçue. Je n'ai pas vu ton commentaire sur ton blog sur ce livre.

webdouwap a dit…

Je suis en train de lire "au temps où nous chantions", et je suis totalement captivée, même sans l'avoir terminé encore, je comprends ton enthousiasme! Je découvre ton blog avec plaisir (grâce à Loula!)je reviendrai !

keisha a dit…

Je veux le lire ! Je ne lis que des commentaires enthousiastes,( et pourtant j'avais abandonné Trois hommes s'en vont au bal) , mais La chambre aux échos est dans mon challenge ABC 2009, d'ici là il sera disponible à la médiathèque.

Solène a dit…

Un nouveau Powers paraîtra en avril. Si vous le souhaitez, je pourrais vous en adresser un exemplaire. N'hésitez pas à me contacter sperronno@cherche-midi.com.

La Nymphette a dit…

J'ai la chance de ne rien avoir lu de lui. Et même si il me tarde, j'attends le bon moment!!! Pour profiter pleinement de cette plume que tant trouvent magique!

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