
La première page du roman présente un arbre généalogique avec, tout en bas, le prénom de Sol. Puis ses parents, ses grands-parents et enfin ses arrières-grands-parents. Voilà la clé du roman : la ligne généalogique qui recèle des failles invisibles à l'oeil nu tellement elles sont profondes.
L'histoire débute en 2004 avec le petit Sol, 6 ans. Puis Nancy Houston fait des sauts dans le temps d'enfance en enfance jusqu'aux années 1940. On suit la ligne depuis San Francisco jusqu'à Munich, en passant par Toronto, Haïfa et New York. On suit aussi la "tâche" qui se transmet de génération en génération sur différentes parties du corps. La parole donnée à ces enfants révèle les stigmates du passé de plus en plus liés à l'histoire, de plus en plus liés au nazisme...La petite histoire rencontre le grande.
Ingénieuse idée que de faire parler les enfants : avec des mots simples, de l'innocence et de l'incrédulité, leur ressenti met crûment à jour les souffrances du monde des adultes, souffrances qui ne sont jamais sans conséquences sur les générations à venir...
"Je tiens la main de m'man, sa main est avec moi à New York mais sa tête sillonne encore la planète : sans même nous demander comment on va, elle se met à parler à toute berzingue. Sa voix ne promet rien de bon alors je laisse les mots se produire là-haut, au niveau de la bouche des grandes personnes, pendant que moi je reste près du sol à étudier les milliers de pieds qui courent dans tous les sens. Je pense à ce qui se passerait si une bombe était lâchée sur JFK et que tous ces gens étaient soudain morts ou démembrés en train de patauger dans des flaques de sang. Ma chauve-souris me dit de monter le son des avions bombardiers le plus possible dans ma tête..."
Somptueux roman où on passe du rire aux larmes, en passant par la gène voire le dégoût (certaines scènes sont assez.... hum... crues, on va dire). Le style narratif est si bien maîtrisé que, sans en avoir l'air, doucement, presque sournoisement, Nancy Houston traite des sujets aussi délicats que le nazisme, l'homosexualité, l'alcoolisme, l'éducation... A lire absolument donc!
"Lignes de faille" chez Actes Sud collection Babel N°841, 485 pages, 9.50€

6 commentaires:
Je l'ai noté il y a un moment déjà mais j'ai un peu peur car plusieurs m'ont mentionné que la voix de Sol est assez dérangeante... Je lirai un jour... reste juste à savoir quand!
Effectivement Sol est un petit garçon très très irritant. Véritable enfant-roi, il mérite une claque à chaque ligne. Mais justement en remontant dans l'histoire de la famille, on comprend plus tard pourquoi ses parents ont juste peur de lui refuser quoique cela soit...
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Ai adoré lignes de faille, moi aussi.
J'avais adoré ! Il faut passer les quelques pages du début avec ce petit garçon qu'on a effectivement envie de remettre à sa place, et la suite est superbe !
Dans ma PAL
C'est original et bien écrit, j'ai vraiment adoré. J'ai simplement eu du mal avec le narrateur de la première partie, que j'ai trouvé caricatural et vraiment peu crédible. A part ça, très bon roman.
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