
Théo fête ce soir-là ces 20 ans avec sa copine Estelle, son frère Niels, sa mère Moussia, son père Luc, sa grand mère Nina, une amie d'enfance Marina et son fils Arthur, et un couple d'amis Fleur et Claude. Tout le monde s'attable pour jouer au jeu "Caractères", un nasty game pour les bilingues, une sorte de jeu de la vérité "fortement déconseillé aux personnes susceptibles". L'idée amuse tout le monde, ou presque. Personne ne tient compte de la mise en garde. Et, ils s'embarquent tous dans un terrible strip-tease psychologique qui n'épargnera aucun d'eux. Les révélations et vexations fusent, les secrets de familles jaillissent, les rancoeurs ressortent... "Essayez de pointer le nez d'un ami sur son défaut le plus criant (...) il vous en veut déjà", n'est-ce pas?. Autour de la table, les paroles des "autres" restent, pénetrent et s'incrustent au plus profond de chacun des personnages.
L'auteur décortique en trois temps cette plongée dans l'intime en empruntant trois styles littéraires : D'abord le monologue, "les choses pensées", puis le dialogue, "les choses dites" et enfin le roman, "les choses rapportées". L'exercice est original et plutôt efficace. Il est clair qu'on n'est pas ce qu'on dit être, qu'on ne pense pas non plus toujours ce qu'on dit...
Les trois parties mettent en scène le jeu de miroir, d'ombre et de lumières des uns et des autres, des uns avec les autres, des uns contre les autres : "Les mots s'agitent inutilement entre nous. Ceux que nous osons dire. Ceux que nous gardons pour nous. Ils sont tous là. Nous les avons sur le bout de la langue, au bord des lèvres, derrière la paroi du front, dans la tête. Souvent nous les avons déjà dits et nous les répétons. ils ne s'usent pas, ils gardent leur pouvoir de transformer, de blesser, ou d'illuminer".
Les monologues du premier chapitre sont particulièrement bouleversants et captivants. Les tergiversations de chacun des protagonistes sont, j'en suis sure, celles de nous tous. Le regard et le jugement des autres sur nous n'est qu'une déduction faite à partir de peu comparé à la complexité et la multitude des sentiments qui nous habitent. Nous devons Être et Paraître aux autres chaque jour, et ce n'est pas sans douleur ni sans courage: "La vérité de soi, ou d'un moment de vie que l'on traverse, on ne la donne qu'à la demande".
Alice Ferney aurait du s'arrêter là. Les dialogues de la deuxième partie sont trop froids, trop emportés. La troisième partie, même si elle apporte aussi son lot d'émotions, souffre de la redondance et des redites de l'histoire .
Et, il y a ces phrases qui sont restées un véritable mystère pour moi ( bien se concentrer avant de lire) : "Sommes-nous seulement ce que les autres font de nous en étant avec nous ce qu'ils sont que nous faisons d'eux ?"... Si quelqu'un comprend quelque chose, je suis preneuse d'une explication.
En résumé : une première partie magnifique, bouleversante. Le reste un ton en-dessous.
Les Autres Chez Actes Sud, collection Babel N°857, 440 pages, 9,50 €

4 commentaires:
Je suis bien curieuse, malgré les avis qui varient beaucoup. Je trouvel l'idée de départ bien intéressante... et j'adore la couverture (comment, ce n'est pas une raison valable pour acheter un livre!?!?!?)
Tu devrais lire Erwin Goffman et notamment ses rites d'interaction (ou Mise en scène de la vie quotidienne) : une révélation... à l'époque !!! Pour la phrase alambiquée, elle est assez simple puisque chacune de ses parties révèle les autres, et ainsi de suite : nous sommes ce que les autres font de nous en fonction de ce que nous avons fait d'eux. Clair ?
J'ai récemment acheté ce livre ainsi que le Pingouin que je n'ai pas encore lus ... je reviendrai lire ta critique, une fois la mienne faite ! ;)
Je suis d'accord avec ton commentaire sur l'inégalité des 3 parties et le fait qu'on se lasse un peu, mais j'avais malgré tout adoré ce livre.
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